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Où est passée la nuit noire ?

2018 semble faire la part belle à l'hémorragie énergétique nommée pollution lumineuse. Point de vue du concepteur lumière Nicolas Houel sur la nuit noire.
par Nicolas Houel6 septembre 2018

On le sait tous plus ou moins, mais quand c’est Arte qui le dit, ça peut sembler plus crédible ; nous arrosons le ciel d’une lumière artificielle que avons bien des difficultés à juguler.

Il est intéressant de noter que l’année 2018 semble faire la part belle à l’hémorragie énergétique nommée pollution lumineuse, soulignant avec la nécessaire superficialité médiatique et l’impérative part de drame censée susciter l’attention et l’émoi des considérations éloquentes identifiées depuis près une vingtaine d’années.

Il suffit de se pencher – en diagonale si besoin – sur :

pour comprendre que la lumière artificielle, berçant si bien le concentré de notre cercle égotique, fait du tort au reste du monde, voire de l’univers.

La réalité de la nuit

Sous couvert d’un service rendu à notre sécurité, par ailleurs jamais scientifiquement prouvé (lire éclairage et sécurité en ville : l’état des savoirs de Sophie Mosser, 2007), et du pouvoir d’attractivité touristique sans équivalent de nos rues, de nos places, de nos emblèmes architecturaux placés sous les projecteurs (9,5 millions rien qu’en France, pour 450 millions d’euros d’électricité facturés annuellement), nous poursuivons l’acte d’éclairer, car nous avons plus ou moins oublié la réalité de la nuit, que l’on s’accorde tous à traiter de dangereuse, la pauvre, si simplement méconnue.

Alors oui, la lumière artificielle, c’est beau. En y repensant, le ciel nocturne étoilé est beau lui aussi. Il est même l’un de nos premiers outils de navigation. Là où nous levions auparavant les yeux pour trouver notre direction, nous les baissons désormais vers un écran qui le fait à notre place. Là où quelques minutes suffisent à l’adaptation de notre vision à la condition mésopique, nous préférons la torche de notre smartphone.

L’obscurité n’est pas méchante

L’obscurité n’est pas méchante. Synonyme du mal depuis la nuit des temps (qu’est ce que vient encore faire ici la nuit ?), nous la mettons aux portes de la ville pour ensuite nous inscrire par milliers aux événements drastiquement contingentés qui nous la proposent par fragments urbains, à l’image des nuits à dormir dans les serres du jardin des plantes de Nantes, ou de la seule soirée de l’année réservée aux étoiles, durant laquelle les monuments historiques sont éteints, gros effort ! À croire que, en ayant oublié sa pratique, nous refusions désormais de nous y confronter ailleurs que dans un environnement maîtrisé, où l’interrupteur n’est jamais loin. Zone de confort, quand tu nous tiens.

Parce que fantasmer sur les clichés nocturnes de Thomas Pesquet c’est bien, leur accorder une seconde lecture et se rendre compte de ce que leur beauté implique en termes de biodiversité, d’énergie, de climat, mais aussi et surtout de santé, c’est mieux.

Je dépeins un tableau très noir (dira-t-on…) mais l’idée fondamentale est pourtant simple, reprendre confiance en la nuit.

Pratiquer la nuit noire

Car reprendre confiance en la nuit, c’est simplement s’y confronter, s’y tenter. C’est mettre les deux pieds dedans, volontairement ou par inadvertance, et expérimenter ses risques pour s’apercevoir qu’une grande majorité de ces derniers, sources de craintes infondées, sont simplement dus à un manque de pratique. Pratiquer la nuit, la nuit noire, la nuit qui bruisse d’objets invisibles, qui émane d’odeurs à la provenance inconnue, c’est se frotter à l’inconnu, c’est, si l’on se tourne vers le marketing actuel, une expérience.

Sauf que pour celle-ci, vous n’êtes ni le produit, ni le pigeon. Qu’il n’y a rien à acheter et que, peut-être, vous y trouverez quelque chose de merveilleux, gratuitement.

Reprendre confiance en la nuit, finalement, c’est réussir à ralentir voire inverser le processus lumineux déroulé depuis des décennies, et trouver l’équilibre.

Photo en tête d’article : Skedanoz 2014, Erdeven, France © Quentin Hodé

Équipe du projet

Chercheur Samuel Challéat Tim Edensor Romain Sordello Sophie Mosser

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Nicolas Houel
Nicolas Houel
Diplômé de l'école nationale supérieure d'architecture de Nantes, il s'est d'abord intéressé à la lumière au travers d'illustrations architecturales, élaborant ses compositions avec ce sujet comme élément fondateur. Porté par les valeurs de complémentarité et de pluridisciplinarité, il puise dans des champs disciplinaires variés ses réflexions sur les usages de la lumière, contemporains et prospectifs.

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