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Adolphe Appia, du théâtre au musée

De la scène centrale, d'André Villiers, esthétique et pratique du théâtre en rond, aux écrits d'Adolphe Appia ou Le renouveau de l'esthétique théâtrale.
par Jean-Jacques Ezrati24 avril 2020

Au milieu de tous mes livres bien alignés sur cette étagère, avant le livre d’Adolphe Appia, c’est la tranche blanche, quelque peu abîmée, de l’un d’entre eux qui m’attire, « La scène centrale » de André Villiers, pas étonnant par tout ce qui m’y relie.

La scène centrale, le théâtre en rond de Paris de André Villiers

J’ai visité le théâtre en rond de Paris juste avant sa fermeture. Avec un ami nous projetions d’y monter une pièce justement avec les spécificités de ce théâtre. Malheureusement sans producteur, sans fonds, son directeur en faillite, ni l’état, ni la ville n’étaient prêts à le reprendre sous sa forme. Il fut vendu, transformé pour devenir l’Européen.

Heureusement avant, André Villiers ne me l’avait pas seulement fait visiter le lieu, mais m’en avait décrit les possibilités d’éclairage et notamment les ambiances colorées obtenues à partir du Chromon. Quel dommage, un lieu unique en France, mais qui peut s’intéresser à un théâtre sans décors, qui demande une mise en scène totalement différente du théâtre frontal ? Sans scène et sans les repères classiques pour les comédiens, entourés d’une masse homogène de spectateurs, le tout dans une lumière blanche, teintée ou colorée comme seul accompagnante.

La scène centrale, de André Villiers, esthétique et pratique du théâtre en rond © Klincksieck esthetique

Adolphe Appia ou Le renouveau de l’esthétique théâtrale

À cette même période, en licence d’études théâtrales, Albert Weinstein nous fait découvrir le travail d’Adolphe Appia. Peu de livres disponibles à cette époque, heureusement une exposition à Paris en 1979, puis plus tard, suite à une seconde exposition en 1992, un excellent catalogue : « Adolphe Appia ou le renouveau de l’esthétique théâtrale ». Tellement impressionné par ce travail sur l’espace, forme et lumière, proche de l’esthétique du théâtre en rond, qu’à la suite de ma licence, je désire en faire mon sujet de maîtrise en les liant tous les deux.

Entre la négation du décor où tout réside dans le jeu et quelques accessoires et au contraire celui qui est considéré comme le père de la scénographie moderne, il y a comme un antagonisme. De plus du travail d’Appia c’était le concept qu’il avait développé pour la salle centrale de l’institut de gymnastique rythmique, le Festspielhaus Hellerau de son ami Émile Jacques-Dalcroze à Dresde en Allemagne, que je voulais mettre en avant : un même espace, sans séparation entre comédiens et spectateurs, baignant sous une même lumière, permettant de passer graduellement du jour à la nuit.

Sa réalisation technique en est due à Alexander von Salzmann, peintre d’origine mais qui a assuré l’aménagement scénique, éclairage compris, en collaboration avec l’architecte de l’Institut, Heinrich Tessenow. En fait, une entente parfaite entre Jacques-Dalcroze, Appia, Salzmann et Tessenow, sans oublier Wolf Dohrn, le bras administratif et financier, la recette d’une réussite.

Vers un ouvrier du musée

Ce beau projet fut vite enterré avec mon entrée dans le monde des musées où « ouvrier du théâtre », l’expression de Louis Jouvet, que comme régisseur je m’étais approprié. Qui d’autre que le régisseur connaît aussi bien son spectacle, de l’angoisse des comédiens, aux difficultés des techniciens, aux attentes du public, aux contraintes administratives, et j’en passe. J’aspirai à devenir « un ouvrier du musée ». Impossible de libérer mon esprit sur un tel sujet qui serait tellement éloigné de ma nouvelle réalité.

Et pourtant c’est sans doute, par ces deux lieux, le théâtre en rond et la salle d’Hellerau que s’est réalisée la transition, et tout naturellement par le traitement de l’éclairage. En effet, d’une part, le travail sur l’ambiance générale et d’autre part, sur les angles de l’éclairage ponctuel. Sur une scène centrale, l’angle d’attaque des faisceaux est plus proche des 30° que des 45° par rapport au théâtre frontal. Il en est de même dans une salle d’exposition au risque de créer une gêne tant aux spectateurs qu’aux visiteurs.

A suivre…

Du musée à l’éclairage muséographique

Approfondir le sujet

 

Couverture en tête de l’article : Adolphe Appia ou Le renouveau de l’esthétique théâtrale – couverture © Editions Payot Lausanne

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Équipe du projet

Scénographe Adolphe Appia
Metteur en scène André Villiers
Architecte Émile Jacques-Dalcroze Heinrich Tessenow
Peintre Alexander von Salzmann

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Sujets Théâtre Scène centrale Théâtre en rond de Paris Chromon Esthétique théâtrale Festspielhaus Hellerau Scénographie moderne Scénographie Ouvrier du théâtre Ouvrier du musée
Effets lumière Lumière colorée Lumière blanche Lumière ponctuelle
Techniques d'éclairage Éclairage scénique
Professions Créateur lumière Éclairagiste Concepteur lumière Metteur en scène
Supports Texte Photo
Fonction du lieu Spectacle
Source Jean-Jacques Ezrati Light ZOOM Lumière
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Jean-Jacques Ezrati
Jean-Jacques Ezrati
Tour à tour radio électricien, sapeur-pompier de Paris (premier contact avec la scène et l’événementiel) puis électricien du bâtiment, régisseur lumière sous tutorat (Kibboutz Yehiam), électricien de scène (Théâtre de la Ville), régisseur lumière, régisseur d’espaces (Centre Georges Pompidou) pour enfin devenir éclairagiste conseil (Direction des Musées de France). Il s’est formé grâce à des rencontres exceptionnelles tout le long de sa carrière. Dès ses débuts, il a partagé ses connaissances en faisant de la formation un élément majeur de son activité.
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