Éclairer l’expo Georges de La Tour en ombre et lumière
L’exposition Georges de La Tour au musée Jacquemart-André s’inscrit dans le patrimoine historique existant d’un hôtel particulier boulevard Haussmann à Paris. Alors, pour protéger les œuvres, aucune lumière naturelle ne pénètre dans l’espace d’exposition. Toutes les toiles du maître sont donc mises en valeur par l’éclairage artificiel à base de projecteurs. Une conception lumière de Vyara Stefanova du studio Aura, avec l’installateur Spectre Æ. Échanges avec Pierre Franiatte, chef de projet de l’agence.
Exposition Georges de La Tour, entre ombre et lumière

Scénographie de l’exposition Georges de La Tour à Paris
La scénographie d’Hubert le Gall suit les dominantes colorées des peintures de George de La Tour et ses disciples présentées dans l’exposition. Les cimaises sont souvent peintes dans des tons marron foncé, beiges ou kaki, selon les espaces. Certains renfoncement entre cimaises et passage d’une salle à une autre sont soulignés par une ligne diffusante à LED blanc chaud derrière une plinthe.

Sur un fond brun doré, tel le laiton brossé, les concepteurs lumière apportent un éclairage diffus dans l’espace des salles d’exposition et ses lieux de transition. « Il y avait vraiment un petit niveau à trouver, notamment les réglettes LED pour ne pas qu’elles prennent trop de place et qu’elles n’éblouissent pas », se rappelle Pierre Franiatte, chef de projet du studio Aura. « Nous avions assumé qu’elles soient à vue, c’était volontaire. C’était l’idée. »
Côté luminaire, il s’agit de petit profil Dora 10×10 d’Ambiance Lumière qui intègre un ruban LED 104 Lm/W. Le réglage de l’intensité lumineuse s’effectue via un variateur rotatif séparé.

Ici, la présentation de la peinture de Georges de La Tour présente des défis spécifiques. « Dans cette exposition des peintures de Georges de la Tour, on ne pouvait pas tellement échapper au clair-obscur », explique Pierre Franiatte, tout en envisageant une ambiance contemporaine avec une lumière neutre. Cependant, les contraintes historiques et techniques du lieu imposent certaines limitations. Notamment la hauteur basse sous plafond, comme pour la présentation des deux tableaux de « Saint Jérôme pénitent » peint par Georges de la Tour.

De plus, le client souhaitait une atmosphère chaude et contrastée, s’éloignant de la palette homogène et ouatée habituelle du studio Aura. Malgré ces contraintes, l’agence a adapté son style pour répondre à ces exigences spécifiques tout en étant en dessous de 50 lux sur les cimaises, pas sur les œuvres.


Rôle des concepteurs lumière du studio Aura
Pour l’exposition Georges de La Tour, Pierre Franiatte souligne bien l’importance de leur rôle dans la conception de l’éclairage : « L’éclairagiste ou le concepteur lumière doit souvent travailler dans l’ombre, mais sans lui, l’expo n’existe pas. » Il met également en avant l’importance de la collaboration avec un autre métier, tout aussi essentiel dans une exposition. « Les scénographes ont pensé à un dispositif pour mettre en valeur les œuvres, pour la lecture globale d’une expérience globale. Nous sommes vraiment à leur service. C’est une double contrainte qu’il faut garder à l’esprit », explique-t-il.

Mais la qualité des techniciens de Spectre Æ, l’entreprise de location du matériel d’éclairage, également installatrice, est ici aussi au cœur de la réussite d’une conception lumière d’exposition. « Nous avons également pu aller loin grâce à la qualité des techniciens avec qui nous avons travaillé, affirme Pierre Franiatte. Grâce à eux, les objectifs esthétiques et techniques de l’exposition sont surpassés. »

Éclairage des peintures de Georges de La tour
« La difficulté de cette exposition était de trouver les bons angles pour que ça ne brille pas », résume Pierre Franiatte. « De trouver les justes niveaux entre ambiance, décoration et les œuvres qui sont essentielles dans cette histoire. »

Toutes les peintures, ou presque, sont éclairées par des découpes placées à 45° diagonal haut par rapport à la toile. L’une est filtrée en lumière blanc chaud, l’autre en blanc froid. Il semblerait que l’éclairage de l’ensemble de la toile soit en blanc froid avec un faisceau large, et que l’accentuation des teintes chaudes des toiles soit en blanc chaud, avec un faisceau plus serré sur les zones peintes des tableaux.

Pour une toile avec un fond sombre derrière le personnage peint par Georges de La Tour, une troisième découpe éclaire la peinture. Elle est toujours située à 45° diagonal haut par rapport à la surface.

Pierre Franiatte confirme : Nous utilisons alors toute une gamme de filtre « frosté » Rosco (114, 119…) et Lee Filter pour les white diffusion par exemple 250, 251… plus parfois des filtres pour modifier la température de couleur (223 ou 206 par exemple). Les cadreurs peuvent être en 3000K ou 4000K en fonction de la toile à éclairer. Encore une fois c’est un peu particulier comme exposition et c’est vraiment du « sur mesure » pour chaque toile. »
L’accentuation sur les œuvres est réalisée avec des projecteurs à découpe de 18 W, soit Syclop de SPX Lighting, soit des Ciz 75 Tie ou des Fenyx de Procédés Hallier, selon les salles.

Le modèle Syclop LP18 est équipée de LED en 3000 ou 4000 K. Avec un excellent IRC 97, il offre un flux de 1 945 lm dans une focale variable de 18° à 42° par zoom.

En bref, l’éclairage d’exposition est bien plus performant qu’avec les historiques cadreurs 90 W halogène !

Éclairage des cimaises de l’exposition
Les cimaises sont éclairées par une série de spots dichroïques halogènes ou LED. Sur chacun, un diffuseur étale le faisceau sur le mur et crée un éclairage uniforme sur le mur. Enfin, deux coupe-flux limitent le faisceau de ces projecteurs : l’un métallique côté visiteur appartenant au projecteur, l’autre côté cimaise, élargi pour couper le flux sur le haut des murs.

Les premières salles de l’exposition présentent une hauteur de cimaises de 3 mètres environ et de 3,5 mètres sous le plafond. L’espace technique ou sont placés les projecteurs se situe entre l’auvent périphérique et la toile blanche tendue. L’ensemble est peint en noir mat pour absorber les éventuelle réflexion de lumière parasites des gélatines.

Dans les dernières salles d’exposition, les espaces sont plus exigus. La hauteur sous plafond se réduit alors à 2,60 mètres environ. Murs et plafond sont peints en blanc comme les projecteurs. Ces appareils d’éclairage qui éclairent les toiles, montés sur des rails techniques, sont alors très visibles.

L’éclairage d’ambiance de l’exposition se compose de projecteurs Quad de chez Procédés Hallier. Ils sont peints en blanc ou en noir, selon la teinte des murs des salles d’exposition. Seules les sources lumineuses sont hollandaises de type équivalent aux LED des lampes dichroïques halogènes qui équipaient ces projecteurs il n’y a pas si longtemps. Il s’agit de lampes Philips Masterpro 36° de 3,5W, désormais de chez Signify.


Choix des projecteurs pour éclairer l’exposition
« Nous faisons les mises en lumière des expositions temporaires au musée Jacquemart-André depuis 2010, explique Vyara Stefanova. Nous avons pris l’habitude de prévoir le matériel nécessaire selon le projet scénographique, la liste des œuvres, et de l’implanter directement lors des montages. »

« Souvent, il s’agit d’art ancien et, selon l’état de conservation des œuvres, on peut avoir des surprises de vernis rendant la toile très brillante ou avec une teinte particulière, sans contraste, des sous-couches de préparation ayant pris le dessus et rendant les peaux vertes, ou des supports très abîmés… », poursuit la conceptrice lumière associée du studio Aura.

« Par conséquent, aucune préimplantation ne saurait prendre en compte ces contraintes sans avoir vu les œuvres en vrai. C’est pourquoi nous estimons que ce serait une perte de temps et préférons décider du meilleur emplacement du projecteur sur site, une fois la toile accrochée. »

« Il faut parfois même plusieurs essais avant de trouver la position optimale pour chaque source. C’est assez exceptionnel, car à part à Jacquemart-André et à l’Hôtel de Caumont, nous fournissons des dossiers graphiques très détaillés », conclut-elle.


L’ensemble du matériel d’éclairage des projecteurs est français. Ils sont choisis par les concepteurs lumière parmi les marques SPX Lighting, Procédés Hallier, et Ambiance Lumière.

Sur site, raconte Pierre Franiatte, « il y a cinq jours de travail de réglage, dont trois avec moi. À un moment, on était même deux de chez Aura avec Stefan Stefanov. Il y avait trois ou quatre techniciens de chez Spectre Æ. »

Conclusion
L’exposition Georges de La Tour au musée Jacquemart-André est un véritable chef-d’œuvre d’éclairage conçu par le studio Aura, avec l’aide de Spectre. Grâce à une collaboration étroite entre les concepteurs lumière et les scénographes, l’exposition parvient à mettre en valeur à la fois les œuvres et la scénographie. En bref, elle crée une expérience visuelle haut de gamme pour les visiteurs.

Approfondir le sujet
- Georges de La Tour au Musée Jacquemart-André
- Benoit Quéro, homme de théâtre dans la lumière
- SITEM 2026 : Salon international des musées, exposition à Paris

Équipe du projet
Lieu
- Musée Jacquemart-André
- Paris, France





