Place Castellane, une respiration urbaine pour Marseille
Il y a un an, la place Castellane a profondément changé de visage. Elle a quitté l’image d’un simple carrefour giratoire pour devenir un grand espace public apaisé, lisible et généreux pour les piétons. Située au cœur du sixième arrondissement de Marseille, elle relie plusieurs axes majeurs de la cité phocéenne. Entre le Vieux-Port et le stade Vélodrome, la rue de Rome, le boulevard Baille et l’avenue du Prado, cette position en fait un nœud urbain stratégique très fréquenté et exposé à de nombreux conflits d’usage. Comment l’agence d’urbanisme Stoa, l’architecte Ora-ïto et le bureau d’études électricité éclairage IDEE+ ont-ils conçu et réalisé son éclairage architectural ? Je vous invite à plonger dans la conception et la lumière urbaine de cet œil urbain qu’ouvre ce nouvel espace public dans le sud de la France.

Place Castellane, mise en lumière de l’espace public
- Vers une requalification urbaine de la place Castellane à Marseille
- Projet urbain structuré autour du tramway et de la fontaine
- Couronne de mâts aiguilles et éclairage public
- Banc « paupière », comme un trait de lumière
- Cadrage précis des sculptures en éclairage architectural RGBW
- Scénographie urbaine plus lisible
- Approfondir le sujet
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Vers une requalification urbaine de la place Castellane à Marseille
Transformer une infrastructure urbaine en lieu de vie
La métropole et la ville de Marseille ont voulu corriger une situation longtemps subie. Castellane était perçue comme un espace de flux, plus que comme un espace d’usage. Les piétons y circulaient difficilement. Les usagers du tramway y étaient parfois comprimés. Les terrasses manquaient d’ombre et les parcours restaient peu lisibles.

Aussi le projet de requalification urbaine de la place Castellane à Marseille s’inscrit-il dans une transformation plus large de la ville. Il accompagne l’extension de la ligne T3 du tramway et répond à une volonté forte de redonner de la place aux mobilités douces. L’objectif est clair : transformer une infrastructure routière saturée en lieu de vie et de rencontres. Ainsi, le projet retenu propose une lecture entièrement renouvelée de la centralité marseillaise.
Intentions du maître d’ouvrage
Dès le début de l’appel d’offres, le maître d’ouvrage souhaitait une place plus claire, plus confortable et plus attractive. Il fallait réorganiser les circulations de Castellane sans effacer son rôle de carrefour. Le projet devait aussi maintenir le bon fonctionnement des transports en commun, mieux intégrer le tramway, les bus, les vélos et les piétons dans une logique plus cohérente.
Cette requalification devait aussi renforcer l’identité du site. Castellane n’est pas une place ordinaire ; c’est un lieu emblématique de Marseille. La fontaine Cantini en marbre de Carrare, avec sa colonne, y occupe une place symbolique forte. Le projet devait donc conjuguer modernité urbaine et respect patrimonial.

Mais les défis étaient nombreux. Il fallait travailler sur des réseaux complexes, avec des contraintes de chantier fortes et une cohabitation délicate entre infrastructures et usagers. Sans les surcharger, l’équipe devait aussi imaginer une lumière urbaine capable d’accompagner les nouveaux espaces. La qualité d’usage devenait un critère aussi important que la performance technique. C’est ce savant équilibre qui a guidé toute la conception du projet urbain.
Projet urbain structuré autour du tramway et de la fontaine
Parti pris d’œil ouvert sur la ville
Très fort visuellement en plan masse, l’architecte designer Ora-ïto, coconcepteur du projet avec l’agence Stoa architecture, a proposé une forme d’œil autour d’un grand banc en pierre. Cette idée donne à la place une identité immédiate. Elle permet aussi de relier le mobilier, les sols, les plantations et les espaces de circulation dans une même composition. Presque cinématographique, car linéaire, l’ensemble ressemble à une grande séquence urbaine, où chaque élément trouve sa place.

Mathieu Coquet, paysagiste concepteur, chef de projet chez Stoa, parle de Castellane comme d’un « projet dans le projet ». En effet, faisant partie de l’équipe de maîtrise d’œuvre pour l’extension de la ligne 3 du tramway avec Egis Rail, mandataire du marché, cette formule résume bien toute la complexité du lieu. La place devait absorber une station de tramway déplacée, une zone piétonne élargie, des terrasses, des espaces cyclables et un traitement soigné du végétal. Le projet n’est pas seulement esthétique. Il témoigne aussi d’une logique fonctionnelle propre aux lieux publics.
L’espace central autour de la colonne a été en partie libéré. Cette nouvelle configuration retire une grande partie de la pression automobile tout en redonnant au piéton son rôle clé dans la ville. Le cœur de la place devient plus calme, mais aussi plus visible. Si vous connaissiez la place Castellane avant, cette nouvelle hiérarchisation des usages change complètement l’ambiance du site.

Matériaux, structure et végétation en lumière du jour
Les matériaux ont été choisis pour leur sobriété et leur pérennité. Ainsi, le calcaire occupe une place centrale dans le dessin des sols et du mobilier. Plus de 500 000 pavés donnent une lecture claire, lumineuse et noble à l’ensemble. Telle une « paupière », le banc urbain imaginé par Ora-ïto ceinture 180° de la place. Ses 102 mètres sur un 1,5 mètre de large sont découpés dans du calcaire du Portugal. Avec plus de 4,5 tonnes, cette pierre participe à l’effet de continuité qui relie les différentes parties de la place dans une même matérialité.

Mais ce projet urbain fait aussi une large place à la lumière naturelle. Trente-six micocouliers remplacent les anciens palmiers. Ils structurent de l’ombre pour les terrasses des cafés et contribuent au confort d’été comme à la qualité perçue de l’espace public. Le lieu n’est plus seulement minéral ; il devient plus respirable et plus hospitalier.

Cette dimension végétale n’est pas décorative. Elle participe à l’équilibre climatique du lieu et offre une respiration à Marseille. Elle accompagne également la présence des terrasses. L’espace public gagne ainsi en confort, en diversité et en douceur.
Couronne de mâts aiguilles et éclairage public
Mâts aiguilles multisupport
Le paysagiste Mathieu Coquet explique : « J’ai obligé l’équipe du projet à mettre toutes les émergences sur des mâts. » Pour des besoins techniques différents, l’idée était de ne pas multiplier les verticales. Les mâts ont donc plusieurs fonctions :
- éclairage public des terrasses,
- éclairage architectural des sculptures de la fontaine,
- vidéosurveillance autour de sept caméras pour l’espace public,
- haubans de la ligne aérienne de contact – LAC – pour l’électrification du tramway avec des fils tendus à 800 kg.
Cette rationalisation réduit l’impact visuel du mobilier urbain dans son ensemble.

Éclairage urbain des terrasses
L’éclairage des terrasses repose sur une couronne de dix grands mâts aiguilles GHM de 13 mètres. « Ils voulaient les calciner de manière à faire un cercle », indique René Henri de IDEE+. De fait, leur implantation dessine une sorte d’anneau lumineux autour de la place.

Cinq projecteurs Xeon 2 d’Eclatec par mât aiguille sont positionnés en spirale à environ 6 mètres du sol. Tous équipés de visière, ils permettent au dispositif permet d’éclairer les abords en 2 700 K sans encombrer le centre.


Sur la deuxième couronne de microcouliers, des ensembles Shuffle de Comatelec répondent aussi à une logique de lecture spatiale. Ils sont composés d’un mât de 8 mètres coiffé d’un éclairage public à 360° LensoFlex de 16 LED en 2 700 K.

Ainsi, les mâts deviennent un élément discret, mais structurant, du paysage nocturne de la place.


Éclairage public périphérique existant
En console sur façade, l’éclairage public périphérique existant de la place a été conservé. Sur trois côtés, il assure le niveau d’éclairement et l’uniformité horizontale en pied de mur. À espacements réguliers, les lanternes sont placées à une hauteur d’environ 6 mètres et déportées à 1,5 mètre du mur.

Finalement, les cheminements sont bien identifiés. Les lisières de la place marquées. Le centre conserve une certaine respiration. Au lieu de le dissoudre, la lumière accompagne ainsi le dessin de l’espace.


Banc « paupière », comme un trait de lumière
Souligner la pierre par la température de couleur
L’éclairage indirect du banc en pierre linéaire, surnommé La Paupière, compose à la nuit tombée une présence à la fois douce, lisible et protectrice. L’architecte Mathieu Coquet revendique ici « la volonté de faire un trait de lumière » pour souligner cet ouvrage massif sans l’écraser.

Avec l’éclairagiste René Henri, des essais ont été menés sur des échantillons de pierre pour ajuster précisément la température de couleur. Entre 2 700 K, trop chaud pour dialoguer avec l’éclairage de la place, et 5 000 K, jugé trop blanc, le choix s’est porté sur un 4 000 K. Plus net, il est capable de révéler la minéralité du mobilier urbain tout en conservant une ambiance accueillante.



Ce contraste de teinte donne une profondeur particulière à la place. Il aide à distinguer le centre, les limites et les objets patrimoniaux. Un parti pris qui donne aussi à La Paupière une signature lumineuse discrète, mais identifiable. Elle accompagne les usages plutôt qu’elle ne les domine.

Intégration du ruban LED au banc en pierre
Sur le plan technique, l’intégration repose sur un rail aluminium autobloquant cintrable d’un mètre. Il a été pensé pour épouser la ligne du banc et faciliter la pose sous la serrurerie. Au-delà de l’effet visuel, René Henri rappelle un enjeu crucial : « Concevoir un dispositif beau, mais aussi remplaçable et maintenable. » Car dans l’espace public, la réussite d’un éclairage architectural intégré à un banc lumineux tient autant à sa poésie qu’à sa robustesse face au temps et aux usages.

Caractéristiques du luminaire au plafond du hall
| Ruban LED | Néon flexible LED par LED3 |
| Source lumineuse | LED |
| Température de couleur | 4 000 K |
| IRC | 95 |
| Efficacité lumineuse | 600 lm/m |
| Puissance | 12 W/m |
| Alimentation | 24 V DC |
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Cadrage précis des sculptures en éclairage architectural RGBW
Éclairage de la colonne, de la statuaire et des fontaines
Depuis les mâts aiguilles, l’éclairage architectural cadre la colonne, la statuaire et les fontaines situées au centre de la place Castellane. Les sculptures de Castellane sont l’objet d’un traitement spécifique. Il fallait éclairer les volumes sans les écraser et préserver l’autonomie visuelle des œuvres. Des éclairages découpés, cadrés précisément et capables de concentrer le flux sur la statuaire uniquement ont été choisis.

René Henri explique que la lumière devait rester au bon endroit. Elle devait éviter de déborder sur les surfaces voisines. Cette contrainte a conduit à utiliser des projecteurs à gobo spéciaux. L’idée était de faire ressortir les formes, sans créer de pollution lumineuse inutile. Le résultat renforce le caractère patrimonial de la place.
Le traitement de la statuaire s’inscrit dans une logique plus générale. Castellane veut être belle le jour, mais aussi la nuit. La lumière ne cherche pas l’effet gratuit. Elle accompagne la compréhension du lieu, révèle sa structure, son histoire et sa centralité.

Enfin, les fontaines bénéficient d’un éclairage ponctuel réalisé par le service des parcs et jardins de la ville de Marseille. La lumière accompagne la scénographie dans l’axe de chaque jet d’eau. Elle met en valeur ses reflets et son mouvement.
Implantation et mise en œuvre des éclairages à gobo
René Henri précise que le travail des projecteurs à gobo a été mené avec le fabricant WE-EF. Après consultation, ce dernier a proposé des solutions adaptées aux besoins du projet. Les projecteurs devaient être performants, précis et maintenables. L’enjeu n’était pas seulement d’éclairer fort. Il fallait surtout éclairer juste. Une nuance essentielle dans un espace patrimonial très fréquenté.

Le calepinage des projecteurs a été affiné avec des vues 3D et des essais in situ. Cette méthode permet de vérifier l’impact réel de chaque faisceau. Elle garantit aussi une meilleure cohérence entre le dessin théorique et le rendu final. Dans un projet aussi visible, ces ajustements sont décisifs.

René Henri résume bien cette intention. Il explique qu’il fallait que la lumière soit concentrée sur la colonne. Cette exigence a orienté la répartition des projecteurs. Les sources sont déportées sur les mâts périphériques. Il y a deux à quatre projecteurs à gobo FLC230 par mât, équipés de canons, ce qui évite de saturer les abords immédiats. Le résultat est propre, élégant et lisible.


Système de pilotage pour ajuster la température de couleur
Pour régler la teinte de l’éclairage architectural à projecteurs à gobo sur la colonne et la statuaire, un écran tactile WE-EF W010-0485 avec son module d’alimentation est installé. Ainsi, selon la pierre, il a permis de régler in situ une température de couleur légèrement différente pour les trois éléments architecturaux. La statue en tête de la colonne est ainsi plus blanc froid que la colonne et la statuaire à sa base.

René Henri insiste sur cette révolution optique et technologique. Pour lui, la LED change tout. Elle permet de travailler avec des sources plus petites, améliore la précision des faisceaux et donne aux concepteurs lumière une liberté nouvelle. À Castellane, cette liberté sert un objectif simple : éclairer avec finesse, sans trahir la composition générale.
Scénographie urbaine plus lisible
Maintenance et durabilité
L’éclairage découpé contribue aussi à l’ambiance générale de la place. Il donne des repères visuels, crée une présence discrète, mais rassurante. Il évite les contrastes trop forts, soutient la promenade, l’attente et le rassemblement. La place devient plus facile à habiter après la tombée du jour.
Les équipes ont aussi travaillé sur la maintenance et la durabilité. René Henri insiste sur la nécessité de concevoir des dispositifs maintenables. Un bon projet lumière n’est pas seulement beau au moment de l’inauguration. Il doit rester performant dans la durée. Cette exigence est particulièrement importante sur un site urbain très exposé.

La dimension d’usage reste centrale. Les habitants devront s’approprier la place au fil du temps. Les terrasses, les bancs et les cheminements y contribueront. La lumière doit donc faciliter cette appropriation. Elle doit donner envie de rester, de se rencontrer et de revenir.
Une œuvre collective
Castellane montre la force d’un projet mené à plusieurs mains. Urbanistes, architectes, paysagistes, ingénieurs et éclairagistes ont travaillé dans un même objectif. Chacun a apporté une réponse à une contrainte différente. L’ensemble produit aujourd’hui une place plus fluide, plus verte et plus généreuse.

Dans cette métamorphose, le rôle de l’éclairage urbain est particulièrement visible. Il ne se contente pas d’illuminer. Il organise, distingue et valorise. Il accompagne le projet architectural sans le dominer. Il donne de la cohérence à la nuit marseillaise sur ce site symbolique.
Finalement, la place Castellane apparaît comme une réussite urbaine optimiste. Elle relie mieux les mobilités, rend de l’espace aux piétons, redonne du souffle au centre-ville. Et elle prouve qu’une grande place contemporaine peut être à la fois technique, patrimoniale et poétique.

Approfondir le sujet
Équipe du projet
Lieu
- Place Castellane
- Marseille, France





