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« La lumière doit être en osmose avec ce qui est vécu » Régis Vasseur

Régis Vasseur est directeur technique d’Angers Nantes Opéra, intervenant du DPEA Scénographe de l’ensa Nantes et président de Réditec.
par Vincent Laganier30 avril 2012

Comment es-tu entré dans l’univers scénique ?

Régis Vasseur : j’ai commencé à être sur un plateau en faisant du théâtre non professionnel (notre « maître » refusait le terme d’amateur, il souhaitait nous enseigner la rigueur…). Cela m’amena autour du plateau, pendant mes études et mes premiers autres boulots, jusqu’à ce que cela constitue mon activité professionnelle.

J’ai été « régisseur » (faire de tout, quoi), ai signé des lumières, des scénographies – intérieures et extérieures – donné des cours (machinerie et lumière), été de fait administrateur puis directeur technique de compagnie, avant qu’on me confie la direction technique que j’occupe actuellement, celle de Angers Nantes Opéra.

Le Château de Barbe-Bleue de Bartok – Angers Nantes Opéra
Mise en scène : Patrice Caurier et Moshe Leiser
Décor : Christian Fenouillat – Lumière : Christophe Forey – Photo : Jef Rabillon

Qu’est-ce que la conception lumière sur une scène ?

RV : c’est trouver l’équilibre (la faisabilité) entre une analyse dramaturgique, des moyens et un temps donné, en symbiose avec la mise en scène et la scénographie.

Comment l’éclairage est mis en œuvre dans un théâtre ?

RV : au départ, il y a un projet artistique, un lieu, une scénographie et une dramaturgie. Normalement, c’est au niveau de la conception même du projet que l’éclairage doit être pensé.

Un plan est alors établi par celui qu’on appelle l’éclairagiste. Il tient compte des accroches possibles et du matériel disponible (ou loué…). Il travaille avec des électriciens, régisseurs lumière, qui mettent en œuvre les projecteurs et autres appareils, mais aussi tout le dispositif de câblage, fixe ou temporaire.

Hydrogen Jukebox de Glass – Angers Nantes Opéra
Mise en scène : Joël Jouanneau – Décor : Jacques Gabel
Lumière : Franck Thévenon – Photo : Jef Rabillon

L’ensemble est réalisé, réglé au fil des répétitions. Les états lumineux – nommés «effets» – sont enregistrés sur un ordinateur spécifique – appelé « jeu d’orgue » – pour une restitution fidèle lors de chaque représentation.

L’éclairagiste part le lendemain de la « première ». Les techniciens du théâtre gèrent les séances, voire reproduisent, en tournée, et en adaptent, si nécessaire (tâche difficile et jamais reconnue), la conception. Le spectacle doit être « le même » pour le spectateur, où que ce soit, alors que le lieu de la représentation influe notablement sur les modalités pratiques.

Le Barbier de Séville de Rossini – Angers Nantes Opéra
Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia – Lumière : Roberto Venturi – Photo : Jef Rabillon

Quelle est ton plus beau ou pire souvenir de lumière à l’opéra ?

  • RV : Le plus mauvais. Un éclairagiste qui ne s’entendait pas du tout avec le metteur en scène et le scénographe. Les choses qui n’avancent pas. Des « explications orageuses » dans une langue commune (l’anglais) que tous parlaient assez mal. Mon directeur, en déplacement à l’étranger qui me proposait de virer l’éclairagiste pour « prendre la main ». Ce que je n’ai pas fait. Pour des raisons diverses, trop longues à expliquer ici.
  • Un des plus beaux. Un comédien remplaçant un malade. Il trouve, dès la première répétition où se placer dans un dispositif lumineux très précis, parce qu’il « sentait la lumière ». On ne peut rien faire, en régie, si l’artiste ne se met pas « à la bonne place »…

Hydrogen Juke-Box de Glass – Angers Nantes Opéra
Mise en scène : Joël Jouanneau – Décor : Jacques Gabel
Lumière : Franck Thévenon – Photo : Jef Rabillon

Pour quelles raisons un éclairage de spectacle est bien conçu ?

RV : disons que la lumière doit être « juste », vécue comme telle. Peut-être surprendre, mais pas pour elle-même. La lumière doit être en osmose avec ce qui est vécu sur scène. Elle contribue à créer cet état, cette relation avec le public, mais elle n’en est qu’un élément. La lumière peut « plomber » une mise en scène subtile ou « magnifier » un décor simple, voire modeste, en lui donnant « de l’air », de la dimension plastique.

Qu’est-ce que tu recommanderais de visiter à des étudiants ?

RV : les lieux qu’il faut visiter sans cesse sont les musées, les expositions, les rues la nuit, la campagne au seul clair de lune, bien suffisant pour voir, au large, etc.

Pour faire quelque chose en éclairage, il faut maîtriser la lumière (pas nécessairement être électricien, d’ailleurs, c’est un autre métier), mais surtout avoir quelque chose à exprimer.

Donc se cultiver, non pas des seuls outils (les salles de spectacle), ce qui est indispensable, mais aussi des spectacles eux-mêmes, de toute nature. Exercer son regard avant que d’exercer un « métier ».

Orphée et Eurydice de Gluck – Angers Nantes Opéra
Mise en scène : Emmanuelle Bastet – Scénographie et costumes : Tim Northam
Lumière : François Thouret – Photo : Jef Rabillon

Que penses-tu de la création d’un Master concepteur lumière à Nantes ?

RV : Nantes dispose d’un potentiel très riche dans le domaine de la création artistique, mais aussi de la recherche et de la diffusion de spectacles de genres et formats très variés. Dans un tel creuset, un Master concepteur lumière peut bien se développer, avec des partenariats divers.

Propos recueillis par Vincent Laganier

Conférence à Nantes

  • Lieux scéniques et éclairage scène-salle
  • Jeudi 10 mai à 19h – Régis Vasseur
  • Auditorium ensa Nantes
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Lieu

  • Théâtre Graslin
  • Nantes, France

Équipe technique

Directeur technique Régis Vasseur

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Vincent Laganier
Vincent Laganier
Architecte diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes. Rédacteur en chef du portail Light ZOOM Lumière depuis 2012. Auteur de six ouvrages de référence sur la lumière, la ville et le bâtiment. Enseignant en éclairage à l’ENSA Nantes, au Pôle Atlantique et au Campus Lumière de Lyon.
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