Eric Wurtz, du light-show à l'éclairage scénique
Previous
ALÉATOIRE
Eric Wurtz, profession et formation à la lumière de scène
Next

Eric Wurtz, créateur lumière de spectacle de danse

Nouvelle danse et remise en cause de l'éclairage scénique académique. Suite de l'interview de Eric Wurtz créateur lumière.
par Vincent Laganier13 février 2017

Comment t’es-tu inscrit dans cette démarche qui produisait une nouvelle façon de danser ?

Eric Wurtz : une grande volonté de déconstruction et de renouvellement irriguait le champ chorégraphique.

Pour l’éclairage, il fallait s’échapper d’une certaine forme d’académisme qui régnait venant des États-Unis, avec une prédominance de lumières latérales. Cette implantation lumière était tributaire d’un dispositif scénique à base de pendrillons, rideaux de fond en velours noir et/ou de cyclorama. On a commencé à faire disparaître les pendrillons, les frises et fonds, et à travailler avec les cages de scène nues, tout en abandonnant le dispositif d’éclairage latéral et venant du sol.

Publique, 2004 – Chorégraphie : Mathilde Monnier – Création lumière : Eric Wurtz – Photo : Marc Coudrais

Quand a été inventé cet éclairage académique d’un plateau de danse ?

EW : ce type d’éclairage fut inventé dans les années 40 par l’éclairagiste de Martha Graham, Jean Rosenthal, en réaction à la platitude de l’éclairage qui existait dans les ballets classiques. En disposant la lumière latéralement par rapport au corps du danseur, on lui donne un relief  important. C’est vraiment une révolution dans le mode d’éclairage. Ensuite, ça devient une forme de d’académisme.

Vallée, 2008 – Mathilde Monnier et Philippe Katerine

Quels changements d’implantation lumière as-tu réalisés alors ?

EW : nous avions la volonté de situer la lumière différemment dans l’espace, de la disposer et de la travailler différemment. En modifiant cette façon de produire de la lumière très conventionnelle et hiérarchisée, il était possible de libérer le danseur dans ses déplacements et dans son appropriation de l’espace.

Quand j’ai commencé, il existait une forme de domination de l’éclairage sur le corps du danseur qui devait se soumettre à de longues séances de placement lumière.

Nous avons modifié ce rapport au travail, avec une lumière plus extensive et enveloppante.

EEEXEEECUUUUTIOOOOONS!!!, 2012, La Ribot

Et le régime interne de l’expression chorégraphique a changé, il était important d’exprimer des notions d’états, de présence, de forces… D’où la nécessité de rendre sensible les visages et de redonner de l’importance à l’éclairage de face.

Dans certains spectacles de Mathilde Monnier, je pense en particulier à Déroutes, toute la lumière vient de la face.

D’où remonte cette relation passionnelle entre la lumière et le danseur ?

EW : la danse entretient un rapport très privilégié avec la lumière, et cela dés 1900, avec Loïe Fuller qui l’a utilisée comme vecteur essentiel. J’ai travaillé récemment sur la reprise de « Relâche », le ballet de Francis Picabia pour les ballets suédois, où il inventa en 1924 un dispositif scénique composé d’un mur de réflecteurs et d’ampoules qui produisait par son aveuglement un choc novateur. On pourrait écrire l’histoire de cette relation féconde.

Relâche, le ballet de Francis Picabia –  Reprise en 2014 par Petter Jacobsson et Thomas Caley

Quels sont pour toi les éléments essentiels quand tu créé une lumière de danse ?

EW : nous sommes les garants de la dramaturgie spatio-temporelle. Nous opérons une forme de traduction des intentions d’une pièce en maîtrisant la lumière.

Soapera, 2010 – Mathilde Monnier et Dominique Figarella

Ce qui importe, c’est de trouver un dispositif singulier, qui diffère d’un projet à l’autre. En choisissant les appareils, leur répartition et groupement, en jouant des colorations, contrastes, directions et valeurs. Chercher et innover en seraient les maîtres mots.

La lumière orchestrée intervient alors non seulement comme interprétation du propos, mais aussi comme agent de transformation des corps et de leur dynamique.

Propos recueillis par Vincent Laganier à Lyon, le 9 novembre 2014.

A suivre…

Lieu

  • Eric Wurtz
  • Lyon, France

ZOOM +

 
Eric Wurtz, profession et formation à la lumière de scène
 
Eric Wurtz, du light-show à l’éclairage scénique
 
La danseuse Loïe Fuller, première éclairagiste en scène ?
 
Lumière de face

ZOOM -

Poursuivez votre recherche

Sujets Eric Wurtz Spectacle Danse Implantation lumière Dispositif éclairage Académisme Martha Graham Jean Rosenthal Lumière Éclairage Nouvelle danse Mathilde Monnier La Ribot Francis Picabia Petter Jacobsson Thomas Caley Dominique Figarella Dramaturgie Scène
Effets lumière Lumière diffuse Lumière de face
Techniques d'éclairage Éclairage scénique
Professions Créateur lumière
Supports Texte Photo Vidéo
Fonction du lieu Théâtre
Source Vincent Laganier Light ZOOM Lumière
728x90 Animated
Vincent Laganier
Vincent Laganier

Architecte diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes. Rédacteur en chef du portail Light ZOOM Lumière depuis 2012. Auteur de six ouvrages de référence sur la lumière, la ville et le bâtiment. Enseignant en conception lumière à l’ENSA Nantes, en photographie l’ENSA Strasbourg, en art lumière l’ENSATT Lyon et au projet d’éclairage à l’INSA Lyon.

728x90 Animated

Laisser un commentaire