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Robert Lepage : Les aiguilles et l’opium, Grand T, Nantes

Quand l'art du spectacle rencontre l'art du mapping vidéo, pour le plus grand bonheur du public et de la représentation théâtrale.
par Vincent Laganier21 janvier 2015

Robert Lepage est un auteur et metteur en scène canadien reconnu pour son audace scénique. “Les Aiguilles et l’opium” est une création de 1991. Il y deux ans, il la revisite avec deux comédiens et des techniques scénographiques contemporaines.

Dispositifs scénographiques

Depuis le gris spatial, commence et finit le spectacle. L’espace scénique est composé d’un cube ouvert estimé à 9,30 mètres de côté. Les trois faces visibles sont peintes en gris. Selon un système motorisé, il pivote sur sa diagonale. Une face devient alors le sol lorsqu’elle se retrouve à l’horizontale. Deux faces à 45° créent souvent une mise en abîme de l’action en question.

Les aiguilles et l'opium - Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

Les aiguilles et l’opium – Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

Derrière la simplicité apparente du décor dessiné par Carl Fillion, scénographe, se cache une savante composition de trappes :

  • une porte,
  • une fenêtre à la française,
  • une baie horizontale créant un plateau,
  • un lit encastré avec son matelas,
  • une ouverture centrale…

Entre les scènes, le cube tourne. Il ouvre ou ferme certaines trappes. Comme par magie, un nouvel espace scénique se révèle alors.

Robert-Lepage-aiguilles_et_opium_2013-©nicola_frank_vachon_2

D’après la fiche technique du spectacle, l’aire de jeu et le décor s’adaptent à toute les salles à l’italienne :

  • Largeur : 13,40 m
  • Profondeur : 9,30 m
  • Hauteur : 6,10 m
  • Dégagement en coulisses demandé : 2,44 m

Mapping vidéo sur un cube

En fond de salle, un vidéo projecteur, parfaitement calé sur la géométrie du cube, projette une image sur les trois faces. Ce mapping vidéo continu de Lionel Arnould crée les lieux et l’atmosphère de la représentation. Il peint les faces du cube avec des décors d’intérieur.

Marc Labrèche, Les aiguilles et l'opium - Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

Marc Labrèche, Les aiguilles et l’opium – Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

Parfois, il projette des photos d’époque, des extrais de journaux ou de vidéos d’archives, en noir et blanc.

Wellesley Robertson III, Les aiguilles et l'opium - Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

Wellesley Robertson III, Les aiguilles et l’opium – Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

À d’autres moments, une caméra à la verticale capte sur une table les étapes de l’assemblage de la trompette ou de la dépendance…

Pour annuler la lumière vidéo sur les comédiens, une caméra filme la scène en permanence depuis la salle. Grâce à une analyse du signal, via un capteur infrarouge, l’acteur reste vierge de l’image, quels que soient ses mouvements.

Wellesley Robertson III, Les aiguilles et l'opium - Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

Wellesley Robertson III, Les aiguilles et l’opium – Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

Avec ce traitement vidéo, les acteurs sont souvent éclairés de face en lumière blanche, sans que l’image projetée se superpose aux costumes.

Début du spectacle, Marc Labrèche, Les aiguilles et l'opium - Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

Début du spectacle, Marc Labrèche, Les aiguilles et l’opium – Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

Lumières d’ambiance

Dès les premières scènes, une poursuite cadre le visage du comédien. Cet effet lumière conçu par Bruno Matte n’est pas constant dans tous les spectacles, loin de là.

La lumière additionnelle crée l’ambiance du lieu. Elle renforce le contraste entre le comédien et l’image projetée, en face et en douche comme ici.

Marc Labrèche et Wellesley Robertson III - Les aiguilles et l'opium - Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

Marc Labrèche et Wellesley Robertson III – Les aiguilles et l’opium – Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

Des gobos ambrés en latéral face projettent un effet de vénitiennes sur une des faces du cube. Ils sont caractéristiques des scènes dans la chambre de l’hôtel Louisiane à Paris pendant la rupture amoureuse.

Des effets latéraux, des images peintes ou des rétro-éclairages, sont parfois utilisés en arrière-plan des baies, pour donner l’impression de soleil et d’extérieur.

Technique d’éclairage

Au niveau des projecteurs, 50 découpes sont utilisées sur ce spectacle très millimétré :

  • 10 ETC Source 4, 19°, 575 W
  • 22 ETC Source 4, 26°, 575 W
  • 10 ETC Source 4, 36°, 575 W
  • 5 ETC Source 4 Zoom, 25/50°, 750 W
  • 3 ETC Source 4 Zoom, 15-30°, 750 W

On retrouve aussi quelques Fresnel 1 kW et PAR à lentilles medium 575 W et quelques projecteurs ou lampes spécifiques fournis par la compagnie Ex Machina de Robert Lepage.

Services de montage

Le montage sur le plateau s’effectue en quatre jours. L’équipe de tournée se compose de 11 personnes :

  • 2 comédiens
  • 1 directrice de tournée
  • 1 directeur technique (manipule la motorisation du décor durant le spectacle)
  • 1 chef machiniste
  • 1 machiniste
  • 1 gréeur
  • 1 régisseur général
  • 1 régie éclairage
  • 1 régisseur son
  • 1 régisseur vidéo
  • 1 accessoiriste / habilleuse

Propos de Robert Lepage

“Il y a vingt-cinq ans, je lisais la Lettre aux Américains de Jean Cocteau.” explique Robert Lepage au sujet du spectacle. “J’étais fasciné par ce texte, écrit dans la longue suspension d’un vol New York – Paris en Super-Constellation. Je découvris que, par coïncidence, Miles Davis était à Paris, à la même époque et vivait des amours intenses avec Juliette Greco, à l’hôtel Louisiane. Il était aussi le point de chute parisien des Québécois comme moi, fascinés par Saint-Germain-des-Prés.
La maturation de ce projet fut très longue. Il part d’un point commun entre Miles, le trompettiste, et Jean, le poète : l’addiction aux opiacés (héroïne et opium), liée à une rupture amoureuse. Miles ne se remet plus de quitter Juliette, Cocteau ne surmonte pas la mort, dans la fleur de l’âge, de son ami le romancier Raymond Radiguet”.

Daniel Morvan, “Les amours de Miles et Juliette”, interview de Robert Lepage, 16 janvier 2015, Ouest-France.

Fin du spectacle, Marc Labrèche, Les aiguilles et l'opium - Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

Clôture de la représentation, Marc Labrèche, Les aiguilles et l’opium – Robert Lepage, 2013 © Nicola Frank Vachon

En bref, pendant une heure et demie, ce spectacle vous met en lévitation. Il crée l’illusion d’un rêve éveillé. A voir absolument pour le texte, le jeu d’acteurs, l’enchaînement des scènes parfaitement maîtrisées.

En tournée en France, Espagne, États-Unis et au Canada

Reportage lors de première tournée en Rhône-Alpes, archives INA, 1995

Lieu

  • Le Grand T
  • 84 Rue Général Buat, 44000 Nantes, France

Équipe artistique

Texte Robert Lepage
Mise en scène Robert Lepage
Comédiens Marc Labrèche Wellesley Robertson III
Scénographe Carl Fillion
Créateur lumière Bruno Matte
Costumes François Saint-Aubin
Images Lionel Arnould
Accessoires Claudia Gendreau
Environnement sonore Jean-Sébastien Côté
Metteur en scène Robert Lepage

Équipe technique

Production Ex Machina
Directeur de production Julie Marie Bourgeois
Directeur technique Michel Gosselin
Directeur du pôle Technique du Grand T Franck Jeanneau
Coproduction Le Grand T Les Quiconces-L'espal Théâtre du Trident Canadian Stage Théâtre du Nouveau Monde Adelaide Festival New Zealand Festival Théâtre des Célestins Le Grand T, Théâtre de Loire-Atlantique

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Effets lumière Projection d'images Lumière en plongée Lumière en contre-jour
Techniques d'éclairage Éclairage scénique
Professions Créateur lumière Scénographe Architecte Ingénieur éclairagiste
Supports Texte Photo
Fonction du lieu Théâtre
Source Vincent Laganier Light ZOOM Lumière
Vincent Laganier
Vincent Laganier
Architecte diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes. Rédacteur en chef du portail Light ZOOM Lumière depuis 2012. Auteur de six ouvrages de référence sur la lumière, la ville et le bâtiment. Enseignant en conception lumière à l’ENSA Nantes, en photographie l'ENSA Strasbourg, en art lumière l'ENSATT Lyon et au projet d'éclairage à l’INSA Lyon.
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