Thierry Marsick : de la mobilité à l’éclairage urbain
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Projection vidéo, économie locale et pilotage à distance

En 2005, première en projection vidéo pour Spectaculaires sur la place Stanislas de Nancy. Retombées sur l’économie locale et pilotage à distance des spectacles.
par Vincent Laganier12 juin 2019

Quand es-tu passé à la projection vidéo sur le patrimoine ?

Benoit Quéro : nous avons tenu jusqu’en 2005 où là nous sommes passés en vidéo. Notre premier spectacle 100 % vidéo, c’est RDV place Stanislas à Nancy, que nous faisons toujours. C’est vrai qu’on y est allé un peu au bluff. Nous avions fait une comparaison entre des matériels Barco et Christie et nous avons franchi le pas. Ça a été un beau spectacle cette première de Nancy : elle alliait le monumental avec une sensibilité et un rapport à l’art. Ça a été un succès.

Place Stanislas, Nancy, France – installation du spectacle Rendez-vous Place Stanislas © Spectaculaires

Comment parler au grand public dans l’événementiel urbain ?

Benoit Quéro : c’est une exigence de parler avec qualité au grand public. Dans l’événementiel urbain, la palette de spectateurs va du minot à la grand-mère, de l’érudit à l’étranger en passant par le gars de quartier. Nous voulons dépasser le langage habituel pour produire ce désir de spectacle, nous voulons créer un moment un peu entre parenthèses et l’offrir au plus grand nombre sur les places publiques. Ces espèces d’ondes qui en sortent, c’est quelque chose. Pour Vibrations à Avignon, c’est typique.

Vibrations, cour d’honneur du Palais des Papes, Avignon, France – Spectacle lumière : Spectaculaires, Blachère Events © Damien Raclot Dauliac

Quel levier économique le spectacle de Nancy procure t’il ?

Benoit Quéro : l’an dernier nous avons ravi plus de 800 000 spectateurs sur la place. Nous entrons dans une autre dimension, celle du levier économique que ça représente. Nos métiers sont passés d’un statut de “dépenses publiques, de charges” à celui d’investissement pour le développement économique par les acteurs de nos cités. C’est bien car nous avons fait la preuve que l’investissement et la programmation de tels spectacles se révèlent être de véritables boosters de la vie économique !

Comment le spectacle de la place Stanislas contribue à l’économie locale ?

Benoit Quéro : nous pensons qu’à Nancy, la retombée dans l’économie locale est 10 à 20 millions d’euros pas saison. Tout simplement, les restaurants centraux font trois services, les gens consomment, les terrasses sont pleines… Les touristes étrangers affluent dans la ville comme jamais auparavant ; lesquels consomment, achètent, recommandent la ville, etc. Est-ce qu’il y a beaucoup de secteurs où les retombées économiques sont aussi rapides au vu de la modestie de l’investissement ? Je pense que nos édiles devraient utiliser bien plus nos talents. À Nancy, notre contrat est public et l’investissement, hors communication est de l’ordre de 250 000 € en moyenne.

Rendez-vous de la place Stanislas, Nancy, France, 2013 – Création d’images : Spectaculaires – Photo : Ville de Nancy

Comment s’effectue le pilotage à distance de tous vos spectacles ?

Benoit Quéro : nous avons développé une habitude qui a justement commencé à Nancy : celle de ne pas mobiliser nos ingénieurs et nos experts sur ces rendez-vous qui sont diffusés au quotidien sur une longue période (tout un été par exemple), en développant le pilotage à distance. Nous faisons tout depuis Saint-Thurial dans notre campagne de Brocéliande où se situe notre atelier. Que ce soit pour un spectacle en France ou à l’étranger, un technicien assure l’astreinte en surveillance ou en intervention .Via un ordinateur ou une tablette, il a une vision de chaque spectacle en cours (été comme hiver nous conduisons une bonne dizaine de spectacles simultanément) et peut ainsi intervenir à distance  en temps réel sur le dispositif technique. Selon l’actualité, nous pouvons aussi ajouter un visuel, un message sonore, une vidéo…

Rendez-vous place Stanislas, Nancy, France – 2014 – Spectaculaires © Ville de Nancy

Comment faites-vous pour démarrer et superviser simultanément tous vos spectacles ?

Benoit Quéro : l’été nous avons entre 10 à 12 spectacles. Nous avons programmé les allumages à différentes heures, ce qui est facilité par le fait que la nuit ne tombe pas à la même heure d’un pays à l’autre. À l’automne, nous sommes sur l’Italie et la Suisse où il y a des heures de démarrage naturellement décalées. Ainsi, nous sommes capables de produire simultanément différents spectacles, à différents endroits, sans mobiliser toutes nos équipes et toutes nos ressources.

Quel est le rôle des Sentinelles sur place ?

Benoit Quéro : pour optimiser notre pilotage, nous mobilisons quand même sur place des “Sentinelles”, souvent des étudiants, souvent des filles car elles sont plus sérieuses ! Ces sentinelles sont nos yeux et nos oreilles sur place. Nous les formons à la surveillance de la procédure d’allumage, ainsi elles sont capables de voir s’il y a quelque chose qui va de travers et de nous alerter. Nous leurs demandons de tenir un journal des projections, chaque soir elles rédigent une page sur le déroulement du spectacle, sur l’ambiance de la soirée, la météo, les commentaires du public… C’est un petit exercice presque littéraire. Nous avons certaines pages succulentes !

Place Stanislas, Nancy, France – spectacle Rendez-vous Place Stanislas © Spectaculaires – photo Jean-Marc Charles

De l’éclairage du petit patrimoine à la projection d’images, que de changements ?

Benoit Quéro : en regardant ça d’un peu plus loin, c’est vrai qu’on a traversé une révolution de l’analogique au numérique. D’abord nous avons connu le monde de la lumière issu des spectacles en salle pour ensuite expérimenter l’apport d’images sous toutes ses formes, diapositives, films  jusqu’aux grandes images type “Pani” et autres TP6 défilants inventés par Caméléon avec un défilement…

Les tirages de films étaient de bonne qualité, mais il fallait énormément de machines pour amener du mouvement et de la vie. Nous étions confrontés à pas mal de soucis techniques et mécaniques… Nous avons souvent vu le petit matin poindre, car c’était très très long à régler.

Lux Salina, Saline Royale d’Arc-et-Senans, France – Son et Lumière 2016 – Metteur en scène et scénographe : Dominique Landucci – Création lumière et images : Spectaculaires © Vincent Laganier

Et maintenant ?

Benoit Quéro : le pari est toujours le même : parier sur la créativité de nos équipes et nourrir de la curiosité et de la passion pour trouver de nouveaux « terrains de jeux », sachant que tout effet de mode risque de produire la banalisation des propositions. Cela va certainement survenir en matière de video mapping ! Spectaculaires parlerait volontiers de scénographies alors que nombres de mapping s’apparentent plus à des shows de plus en plus technos. Nous gardons l’idée de nous adresser au public et de raconter des histoires. La technique n’est pas une fin en soi !

Propos recueillis par Vincent Laganier à Avignon le 28 septembre 2018

A suivre

Benoit Quéro, homme de théâtre dans la lumière

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Effets lumière Projection d'images
Techniques d'éclairage Vidéo mapping
Professions Directeur artistique Collectivités Créateur numérique Créateur vidéo Créateur lumière
Supports Texte Photo
Fonction du lieu Patrimoine
Source Vincent Laganier Light ZOOM Lumière
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Vincent Laganier
Vincent Laganier
Architecte diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes. Rédacteur en chef du portail Light ZOOM Lumière depuis 2012. Auteur de six ouvrages de référence sur la lumière, la ville et le bâtiment. Enseignant en éclairage à l’ENSA Nantes, au Pôle Atlantique et au Campus Lumière de Lyon.

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