Loupi, première lampe à LED polychromatique et le Spot C
Quelle a été la première lampe à LED polychromatique de Loupi ?
Fabien Poutignat : J’ai développé ce produit en 1999/2000. À l’époque, Chanel utilisait une valise de 30 kg avec halogènes et filtres pour l’éclairage des miroirs de maquillage dans le luxe, mais l’appareil était très lourd et peut pratique. Ils m’ont demandé de créer une solution à LED équivalente. En un an, avec mes ingénieurs, nous y sommes parvenus. La première lampe à LED polychromatique commerciale de Loupi a été lancée en 2001.


Pendant six ans, cela a agacé beaucoup de gens. Chanel était très content du résultat. J’ai gagné l’affaire et vendu presque un millier de cette innovation entre 2001 et 2006.

Comment pouvait-on choisir la teinte de la lumière ?
Fabien Poutignat : Alors, parlons de la formule du cluster Chanel. On a deux lumières de travail : une lumière du jour nuageuse et une lumière du jour ensoleillée. Sur le visage, on ressent bien le soleil. Le maquillage s’effectue avec ces deux teintes. Parfois, une cliente fatiguée par la lumière demande un effet coucher de soleil, avec des nuances violettes. On a également recréé la lumière d’une bougie pour adapter le maquillage aux lumières chaudes des soirées.

Chaque LED faisait un dixième de watt, mais ça fonctionne très bien pour obtenir ces ambiances On peut ainsi varier entre la lumière d’une bougie, le coucher de soleil à Kuala Lumpur, la lumière du soleil, et même une lumière type néon, qui donne un effet d’éclairage fluorescent. On à développé le circuit le circuit avec microprocesseurs et le logiciel de commande du cluster LED. Chanel nous à demandé l’électronique avec un système à touches sensibles pour plus de modernité et d’accessibilité des maquilleuses sur les points de vente.

C’était le premier cluster RGB White du marché ?
Fabien Poutignat : Oui, cette première lampe à LED polychromatique avait le premier cluster RGB Cold White Warm White. Loupi et deux ingénieurs l’ont fait. Loupi a été véritablement soutenu par l’industrie du luxe. Je veux d’ailleurs leur dire un grand merci : ils nous ont vraiment aidés à développer ces produits magiques, des LED bien pensées et bien fabriquées.

Une solution innovante pour l’époque de calibration des LED ?
Fabien Poutignat : Oui, j’ai fabriqué cette électronique avec des rampes de clusters LED calibrées, sélectionnées pour obtenir un IRC 90, car Chanel exigeait beaucoup.

J’ai présenté au moins 5 ou 6 prototypes avant qu’Heidi Morawetz, la directrice artistique de l’époque, me dise : « Fabien, c’est bon, tu as réussi ! Il faut que les femmes se sentent belles ! »

Quel objet promotionnel avez-vous créé avec la LED de puissance Luxeon ?
Fabien Poutignat : Les LED de puissance sont arrivées en 2002-2003. Voici un objet promotionnel que j’ai réalisé pour Lumileds en 2004.

J’ai intégré une de leurs LED de puissance dans un boîtier classique de lampe de poche rectangulaire du siècle dernier avec pile 4,5V, que nous avons appelé « lampe à la papa » modernisée. Cela démontrait la puissance des premières LED Luxeon, que nous commencions à intégrer dans nos prototypes de lampes.

Comment avez-vous inventé le spot à LED ?
Fabien Poutignat : J’ai commencé à développer des produits avec mes ingénieurs et des experts de l’art de l’éclairage, et c’est là que j’ai conçu le Spot C, qui utilise les premières LED de puissance. Cela vient du marché du luxe, grâce à mon ami Rémi Nicolas, scénographe pour des maisons comme Cartier et Philippe Mombellet concepteur lumière. Ils ont vu mon travail avec les LED et m’on encouragé à créer un petit spot pour le marché des magasins de luxe.

Nous avons abordé le design d’un point de vue technique, en ayant conscience de la dissipation de chaleur, ce que les fabricants d’éclairage ne savaient pas à l’époque. Mon expérience avec les drivers m’a permis de concevoir le Spot C. Il est petit, orientable et avec le driver déporté, puissance 1 Watt. Par la suite, nous avons intégré les drivers dans des rails magnétiques. Les retours ont été très positifs !

Quelle est la principale difficulté de l’électronique avec les LED ?
Fabien Poutignat : Dans l’électronique, les conversions d’énergie ne sont jamais à 100 %, donc il y a toujours des pertes, surtout sous forme de chaleur. Une fois que les premiers spots ont bien fonctionné, on a pu développer d’autres produits, plus grands ou plus petits. Pour réaliser l’électronique, il faut disposer d’ un ingénieur et consulter des experts. Certains ont pensé que c’était simple : ajouter des LED dans nos carcasses de lampes. J’ai eu l’avantage de bien connaître l’électronique et les LED, ce qui m’a permis de m’introduire sur un marché où les industriels avaient du mal à s’adapter car il s’agissait d’électronique qu’ils ne maitrisaient pas, Loupi à fait parti des premiers fabricants à commercialiser des sources LED efficaces

Quels sont les projets dont vous êtes le plus fier ?
Fabien Poutignat : Je suis fier du miroir Lumière de Chanel, du Spot C, de la mise en lumière de la réplique de la grotte Chauvet et des grands magasins de luxe comme Louboutin, c’est un de nos grand fans…

Si on regarde le catalogue de Loupi, il est clair qu’il s’est étendu. Au siècle dernier, le top à été notre Pin’s Pastille Motif fin des années 80 et surtout dans les années 90 la puce sur mesure faite à Taiwan qui nous permettait de réaliser tous les effets LED demandés par nos clients et laissait dernière nous la concurrence.
Quelle a été l’évolution de la technologie LED et du marché de l’éclairage ?
Fabien Poutignat : En 2005, j’ai commencé à parler dans des conférences de la technologie d’éclairage des lampes LED et à mettre en avant les avantages de cette nouvelle technologie pour sublimer l’ambiance et les produits dans les points de vente.
En 2008, déjà, je parlais d’éclairer mieux, durablement, en consommant moins.
Avec l’arrivée des LED de puissance, 2003-20010, on a vraiment commencé à exploiter nos sources d’éclairage. Le marché y voyait plus clair, et les clients commençaient à faire la différence entre le bon matériel et celui de moindre qualité. Au début, c’était le bazar, les installateurs étaient un peu largués. Je parlais avec Jean-Jacques Ezrati, qui pensait que le système nerveux de la couleur n’était pas adapté aux LED, avec de gros débats à ce sujet. On commençait à vraiment parler de binning et de tri des LED.

Le marché de l’éclairage électronique commençait à s’ouvrir pendant que celui de la PLV était en déclin à cause du digital, des écrans, des téléphones. Les petits points lumineux dans les vitrines, ça devenait moins intéressant.
Comment le marché de la production en Chine a-t-il évolué ?
Fabien Poutignat : Dans les années 2000, les LED ont révolutionnés les secteurs de l’éclairage, et ça a commencé à devenir un peu le bazar avec les Chinois. C’est là où ils nous ont copiés (Une foi de plus). Les relations de travail devenaient compliquées beaucoup de problèmes de qualité, surtout pour la PLV, c’était gérable mais il fallait se rendre en Chine deux fois par an minimum pour remettre les choses en place. Avant, c’était moins grave qu’aujourd’hui. Maintenant, si on livre par exemple 20 000 euros de produits et qu’il y a des défauts, c’est un gros souci.
Vers 2007-2008, je me suis dit qu’il fallait peut-être relocaliser. J’ai testé en comparant un circuit LED fabriqué en Chine et le même chez nous et j’ai vu que le prix était similaire en machine en France. C’était plus long et plus cher dès qu’il fallait souder à la main des fils ou borniers, mais cela donnait un bon indice de comparaison. On est compressés sur les prix pour la pub, c’est normal, ils ne veulent pas payer cher. En revanche, dans le luxe, il y a plus de budget, car ils veulent de la qualité. Surtout quand ils vendent des produits chers à forte valeur ajoutée. Cela à ouvert la voie à la relocalisation de nos activités.
Quand avez-vous relocalisé la fabrication en France ?
Fabien Poutignat : En France, les gens sont bien rémunérés, imaginatifs et pros. Donc, l’idée de relocaliser est née. Ça a commencé à devenir concret en 2012-2013. J’ai dit OK, on a lancé quelques fabrications de lampes LED en France, réduit le stock en Chine et Loupi s’est agrandi. Nous avons alors pris des locaux plus grands à Pantin et investi dans des machines. Aussi, pour respecter notre devoir écologique plus de voyages incessants en avion, plus de stress, plus de transport en containers. Les produits fabriqués ici sont livrés aux clients en Europe. C’était vraiment l’objectif, et c’est devenu une réalité.
Pour notre relocalisation, on a bénéficié de subventions et de financements de la BPI pour acquérir les machines, avec beaucoup de garanties, d’emprunts et aussi de subventions, nous faisons parti du club « La French Fab ». Je suis très fier également de cette relocalisation des fabrications en France. L’aventure continue !

Combien êtes-vous dans l’entreprise aujourd’hui ?
Fabien Poutignat : Entre 25 et 30 personnes.
Étiez-vous en avance sur la relocalisation de l’industrie ?
Fabien Poutignat : J’ai tendance à être technoprophète et j’ai toujours été en avance sur mon époque. Délocalisation en 86, relocalisation en 2010…Tous nos produits n’existaient pas avant. En bijouterie, je suis arrivé comme un pétard. J’ai aussi vendu des circuits pour que les bijoutiers créent leurs bijoux électroniques. Pour la PLV, ils n’avaient que des moteurs et des lampes à incandescence ou tube fluos pour animer les vitrines. Nous, on fournissait des LED ! Enfin, l’éclairage, c’est essentiel : sans lui, on retourne à la bougie ! Je suis content de proposer des produits LED qui ont du sens. L’industrie de l’éclairage en France doit perdurer, mais il faut qu’elle s’adapte et que l’on cesse de faire des produits à durée de vie limitée. Il est crucial d’avoir un éclairage durable, pratique, joli et peu gourmand en énergie.
A suivre…

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