Fabien Poutignat, inventeur du pin’s à LED de Loupi
Quel est votre parcours de formation ?
Fabien Poutignat : Né en 1953, mon parcours commence dans une famille de scientifiques. Mon père était ingénieur de l’aéronautique et mon grand-père Polytechnicien qui avait créé une usine écolo avant l’heure à Ambert, les troncs d’arbres coupés localement entraient dans la cour et les galoches prêtent à chausser en sortaient. J’ai été élevé dans un milieu catholique assez strict. Au lycée Buffon, je m’en sortais bien jusqu’à ce que mai 1968 arrive. Avec mes amis, on a embrassé un style plus rock’n’roll au lycée, j’atteint mes 18 ans, l’âge du bac. En réaction aux révoltes de 1968, en signe de protestation, j’ai décidé de rendre une copie blanche le jour de l’examen. Ce qui fait que mes études se sont arrêtées au bac !

Comment la période groupe de rock s’est-elle passée ?
Fabien Poutignat : Pendant quelques années, j’ai vécu une période psychédélique avec un groupe de rock le Dagon. C’était une belle époque, sans souci financier, où l’on profitait simplement. Mais ensuite, un ras-le-bol s’est installé, et chacun a commencé à tracer son chemin. Un membre du groupe a fondé le magazine Actuel avec Bizot et Burnier. De mon coté, j’ai commencé à bricoler, à faire des objets en résine polyester, un petit côté artiste est né chez moi.
Quelle a été votre première fabrication industrielle ?
Fabien Poutignat : En 1973 J’ai créé en thermoformage transparent une réplique exacte au millième (15cm de haut) de la pyramide de Khéops entourée du mystère des « ondes de forme ».

Un copain, passionné d’ésotérisme, m’a convaincu : « Fabien, on peut vendre ça ! » Alors, on s’est associés pour fabriquer et diffuser. On a commencé à distribuer cette réplique de la pyramide par correspondance. C’était ma première fabrication industrielle. Tous les matins, je me levais et je découvrais de nombreuses commandes dans ma boite aux lettres. Je les vendais 50 francs, elles en coûtaient 10. Je pense que l’on en à vendu plus de 1000…
Comment votre premier bijou lumineux a-t-il été créé ?
Fabien Poutignat : Un jour, j’ai subtilisé un porte-clés avec une petite lampe et une pile bouton à ma mère, et j’ai eu l’idée de créer un bijou lumineux en résine. L’argent gagné des ventes par correspondance m’a permis de développer des prototypes de bijoux lumineux. J’avais peu de matériel, juste une LED et une piste, mais j’étais soutenu par mon ami Patrick Vian, le fils du grand ingénieur écrivain musicien Boris Vian. Patrick avait une formation scientifique. Il a été d’ailleurs le grand prophète du Synthétiseur avec son Moog et a créé les premières musiques électroniques (Groupe Red Noise) D’autres rencontres m’ont encouragé à participer au Concours Lépine. J’ai déposé une demande de brevet, pris des photos, et me voilà au concours avec mon bijou lumineux LED.

Que la rencontre d’ingénieurs vous a-t-elle apporté ?
Fabien Poutignat : En fait, Patrick m’a dit que « tout seul, ton proto, ça ne fonctionnerait pas il faut faire un présentoir de pièces factices ». Il a eu cette idée et m’a emmené dans des boutiques de revente de composants et kits électroniques. Nous avons acheté un kit de dés, et j’ai créé des présentoirs avec 5 ou 6 bijoux LED. Avec cela, j’ai participé au Concours Lépine en 1976. J’ai monté un stand avec une fausse façade de bijoux lumineux qui clignotait, n’ayant qu’un seul objet à montrer, en changeant la pile toutes les trois heures. Les gens étaient impressionnés par ces bijoux à LED, et j’ai gagné la médaille de vermeil et le prix du plus beau stand, le seul « électronique » du salon.

J’ai fait de belles rencontres, notamment avec un ingénieur, Paul Lafonta (Il travaillait dans les labos de R&D de la DGA), qui m’a proposé de m’apprendre l’électronique pour fabriquer mes pin’s LED. Il est devenu mon ingénieur mentor et m’a aidé à créer mes premiers produits, dont un petit badge avec un driver de LED, une pile bouton et des boitiers à plume de sergent major que j’avais récupéré dans la région d’Oyonnax Bon, la pile, parfois il fallait la changer, mais ça clignotait longtemps !
Comment ce premier bijou électronique du Concours Lépine fonctionnait-il ?
Fabien Poutignat : C’est un genre de pin’s qui s’initialisait avec une épingle en guise d’interrupteur. En le retirant, il cessait de clignoter. Il utilisait une petite pile bouton, un transistor, une capa, une résistance et une bobine (le premier driver de LED de Loupi). J’ai commencé avec ça. Sur mon site historique, vous pouvez voir des bijoux électroniques. Il y a une collection des premiers pins avec différents thèmes, comme « Joe Télé », personnage de Florence Cestac chez Futuropolis. Évoluant dans le milieu rock underground de Paris, j’ai rencontré beaucoup de gens. J’ai toujours aimé la transparence, montrant le circuit de l’intérieur, avec des thèmes comme le foot, le rock et le punk. J’ai commencé à vendre, mais ça a été difficile.
Quand avez-vous créé Loupi ?
Fabien Poutignat : Plus tard, en novembre 1979, j’ai créé la SARL Loupi. Le déclic, c’est le déménagement de Loupi à Montmartre. Un élément déclencheur a été mon passage à la télé en 1981, sur Antenne 2, dans un reportage intitulé 20 ans, pour quoi faire ? J’ai commencé à créer des costumes pour le spectacle, le music-hall et les rockers. J’ai réalisé des pins pour Eddy Mitchell, Balavoine, Annie Cordy et d’autres effets spéciaux pour le music hall… J’ai aussi exploré de nombreux projets en électronique, que je maîtrisais désormais.

J’ai créé des visons lumineux pour Dior dans les années 85-86, avec une électronique intégrée qui faisait défiler « Paris, Dior ». Tout cela grâce à mes ingénieurs. J’ai développé une version plus sophistiquée de pin’s avec un circuit électronique et une puce, qui s’illumine lorsqu’on le connecte à travers le vêtement.
Comment avez-vous optimisé le prix de votre produit ?
Fabien Poutignat : Au départ, le pin’s à LED était fabriqué en France, mais cela ne se vendait pas bien à cause du prix. Je devais le vendre à 25 ou 30 francs, mais les détaillants l’augmentaient, doublant le prix d’achat, le rendant trop cher. On l’appelait « le pastille motif », véritable précurseur des pin’s émaillés. C’était une platine creuse avec de l’électronique miniaturisée. Le produit était entièrement français.

Les Allemands l’ont découvert au salon des Ateliers d’Art de Paris et ont acheté des échantillons. Conscients du marché, ils ont rencontré un Taïwanais cherchant à vendre de l’électronique en Europe, qui a pu voir un de mes échantillons. Ils ont ensuite réalisé une copie à Taiwan, avec une puce intégrée à un prix bien plus bas : 5 francs au lieu de 30, grâce à des faibles coûts de fabrication sur l’ile.

En 1986, les Allemands m’ont proposé de les rejoindre à Taïwan pour développer le projet : je m’occupais du design et de la technique, eux géraient la production. C’est ainsi que nous avons connu une explosion des ventes, facilitée par une distribution efficace et un bon marketing. Je me suis rendu compte plus tard que mon association avec des Allemands était un signe avant-gardiste Européen, la créativité d’un français associée à la rigueur allemande, cela n’à pas été facile mais chacun à accepté l’autre, nous étions pionniers de la construction européenne en réunissant nos compétences complémentaires.


Comment ces pin’s à LED étaient-ils vendus ?
Fabien Poutignat : Avec un réseau de boutiques cadeaux gadgets comme Soho, qui vendait des articles de mode, souvenirs et fournitures à bas prix. J’ai prospecté de nombreuses boutiques, travaillé avec des représentants et des grossistes.

Entre 1986 et 1990, nous avons vendu plus d’un million de pin’s LED en Europe, avec quelques exports via des salons comme les Ateliers d’art de France. Au départ, les pin’s LED s’appelaient des « Loupi »
D’où vient ce mot, Loupi ?
Fabien Poutignat : C’est intéressant, car beaucoup se posent la question. En fait, je m’appelle Fabien Poutignat et, avec un tel nom, j’ai eu une multitude de sobriquets. Proutignat, Pétunia, Pontignac etc… Finalement, j’ai été surnommé Loupigna, un nom sympa. Un jour, avec un ami, je cherchais un nom de marque pour mes produits. Il m’a proposé « Loupi », et j’ai trouvé ça simple, amusant, et cela sonnait bien. Ainsi, j’ai adopté ce nom, et c’est devenu une partie de mon identité.
Comment en êtes-vous venu à la PLV ?
Fabien Poutignat : Avec les pin’s, les publicitaires sont venus me solliciter car la LED était une vraie nouveauté. En tant que créatif, j’ai bien vu l’attraction que créait une LED clignotante. J’ai donc créé des badges publicitaires lumineux et me suis lancé dans la LED pour PLV (Publicité sur le Lieu de Vente). J’ai perfectionné mes circuits, mis de grosses piles, et j’ai rencontré un franc succès. Grâce à cela, après la baisse des ventes de Pin’s en 1991-1992 due à la première guerre du Golfe, j’ai pu me reconvertir en vendant des millions de LED aux industriels pour leurs présentoirs. J’ai même été président du syndicat de la PLV, alors appelé Popai – Point of Purchase Advertising International.

Avec le temps, je me suis réconcilié avec mon père qui, après sa retraite, a accepté mon choix. Il m’a aidé à formaliser ma société et m’a appris à gérer les affaires, car il était PDG dans le pétrole et connaissait bien le business.
Que s’est-il passé pour que vous évoluiez vers l’éclairage LED ?
Fabien Poutignat : À la fin des années 90, vers 1997 une révolution s’est produite. L’arrivée de la LED produisant de la lumière blanche, grâce au travail de Nichia et du professeur Nakamura. J’ai compris que c’était l’avenir. J’avais déjà des expériences dans le luxe avec Dior et Chanel, qui commençaient à utiliser des LED pour leurs panneaux publicitaires.
A suivre…

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Photo en tête de l’article : Fabien Poutignat – portrait © Loupi




