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Éclairage anthropocentré – HCL – et éclairage intégratif

De l’éclairage circadien à l’Human Centric Lighting. Éclairage intégratif : lumière, architecture et bien-être.

Le thème du bien-être rapporté à la pratique de la conception lumière a été dominé au cours de ces cinq ou six dernières années par l’intitulé Human Centric Lighting – HCL – ou éclairage anthropocentré.

Ce texte est une version complétée de la conférence présentée par les auteurs dans le cadre du colloque éclairage de l’université de Troyes, le 30 septembre 2021 : de l’éclairage circadien au HCL (Human Centered Lighting) : integrative lighting, ou éclairage intégratif.

Éclairage anthropocentré : Human Centric Lighting

Appliqué essentiellement à la question de la régulation circadienne et de la gestion du cycle veille-sommeil, le HCL a fait l’objet d’une utilisation généreuse. Cependant elle n’a pas réussi à compenser le contenu souvent partiel des informations qu’elle était censée introduire. Dans de nombreux cas, la pratique du HCL a été associée très étroitement à l’acquisition d’un matériel d’éclairage sans mention véritable de la méthodologie propre à l’application de ce principe. Cela n’a pu se produire que dans le contexte d’une évocation incomplète de la réflexion préalable à sa mise en œuvre.

On constate fréquemment l’existence d’une confusion bon enfant dans le monde de l’éclairage et de l’architecture dans la description de la démarche d’éclairer. L’utilisation prédominante du mot lumière pour définir toute action d’organisation du monde visuel à travers les différences de luminances a sans doute sa part de responsabilité. Séduisante et consensuelle, elle est responsable en partie de l’imprécision dont on se contente, en général, pour qualifier les questions relatives à l’éclairage.

Cette confusion joue aussi un rôle du point de vue de la délimitation du domaine des pratiques et des compétences. Cela tout particulièrement à l’heure où nos pratiques voient se développer leurs justifications scientifiques, où leurs domaines d’action s’étendent et les compétences réclament un surplus de rigueur dans leur définition.

C’est le cas de l’Human-Centric Lighting tout autant que de l’idée véhiculée par le terme conception lumière en général.

Définition et Human Centric Lighting

Dans leur article « Human-centric lighting: Myth, magic or metaphor? », KW Houser, PR Boyce, JM Zeitzer et M Herf ressentent le besoin de revenir sur cette distinction fondamentale. D’emblée ils précisent que le Human-centric lighting intègre la réflexion sur la lumière, sur l’éclairage, en tant que médiateurs des réponses visuelles, biologiques et comportementales chez l’humain. Si « la lumière est un stimulus visuel », écrivent-ils, la « radiation optique est un stimulus visuel, biologique, chimique, thermal, envers la flore, la faune ou la matière […], l’éclairage englobe l’art, la théorie et la méthode permettant d’appliquer de manière satisfaisante la lumière dans un environnement bâti. L’action d’éclairer est, par conséquent, motivée par ses bénéfices qui incluent : la satisfaction des besoins visuels, psychologiques, la valorisation des formes architecturales (sans oublier quelques lignes plus loin les effets comportementaux). Plus récemment, le soutien à la santé physiologique essentiellement relié à la capacité de veille et à la photobiologie circadienne[1]» [ndlr : connue pour ses caractéristiques non-visuelles].

De la manière la plus claire, la responsabilité de cette intégration est ici placée sous l’égide du concepteur. Cela en raison de sa fonction d’organisateur des différentes caractéristiques visuelles et non-visuelles d’un environnement incluant les impressions psychologiques telles que la sensation de :

  • l’étendue de l’espace ou au contraire de délimitation,
  • la détente, ou à l’opposé de stimulation cognitive et physique,
  • l’exposition, ou bien au contraire, l’intimité.

Par ailleurs, son autorité quant aux questions de luminance, de distribution spectrale, de niveau d’éclairement, de restitution chromatique, d’éblouissement et de mise en œuvre de la synchronisation circadienne, constitue bien évidemment une justification supplémentaire de son intervention dans ce contexte.

Éclairage intégratif : Integrative lighting

C’est à l’intérieur de cette intervention sur les aspects visuels et non visuels spécifiques à l’humain que se définit la notion d’integrative lighting, ou d’éclairage intégratif. Elle fait d’ailleurs l’objet d’une définition ISO/CIE[2], excluant toute notion de thérapie et spécifiquement dédiée à l’humain et assimilée à celle du Human-centric lighting.

Éclairage intégratif – Integrative lighting – Stimulus dans les dimensions visuelles lumineuses et non visuelles de la lumière – Figure inspirée de Kort et Veitch. « From blindspot into the spotlight: introduction to the special issue “Light, lighting, an human behaviour” », J. Environ. Psychol., 2014, 39:1-4. Doi: 10.1016/j.envp.2014.05.005 in Houser KW & Tony Esposito, Front. Neurol. 12:630553, doi: 10.3389/fneur.2021.630553 © RCZ-JJE

La figure synthétise dans une vue d’ensemble la relation stimulus (en haut de la figure) – réponse (en bas), entre la lumière et l’humain. Il existe une subdivision entre la réponse visuelle et la réponse non-visuelle. Au sommet, l’aspect temporel relie le moment et la durée de l’exposition à un stimulus lumineux.  L’aspect spatial se réfère à la distribution de la lumière dans l’espace, dans le champ tridimensionnel. L’aspect spectral se réfère à la distribution spectrale qui prend en charge la qualité de la couleur et le niveau lumineux. Elle se réfère à la quantité de lumière en termes d’unités radiométriques et photométriques. Ces quatre facteurs contribuent à la puissance du stimulus lumière. Les concepteurs lumière varient fréquemment les facteurs dans leur ensemble, de telle manière qu’aucun de ces facteurs ne puisse être isolé des autres. Les chercheurs ne varient qu’une faible proportion des facteurs, parfois seulement un seul, pour isoler une cause ou un effet. Les facteurs non illuminants tels que l’âge ou le chronotype sont à même d’interférer avec les effets de la lumière sur les sujets. Ils sont importants dans la pratique. Cette figure considère seulement les effets de la lumière à travers l’œil ; les effets des radiations optiques sur la peau ne sont pas pris ici en considération.

 

 

À suivre…

Lumière et bien-être : harmonie universelle et arts visuels

Notes de lecture

[1] KW Houser, PR Boyce, JM Zeitzer, M Herf, « Human-centric lighting: Myth, magic or metaphor? », Lighting Research and Technology, octobre 2020, p. 2.

[2] International Standards Organization and Commission Internationale de l’Eclairage [ISO/CIE]. Light and lighting—Integrative lighting—Non-visual effects. Under development 2020. Report No. ISO/CIE TR 21783.

[3] Kevin W. Houser, Tony Esposito, « Human-Centric Lighting: Foundational Considerations and a Five-Step Design Process », Frontiers in Neurolology, 27 janvier 2021, p. 1. https://doi.org/10.3389/fneur.2021.630553.

 

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Photo en tête de l’article : espace intérieur, musée art contemporain et personnes en admiration © Ian Dooley, Unsplash

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Professions Éclairagiste Concepteur lumière
Supports Texte Graphique Photo
Source Richard Caratti-Zarytkiewicz Jean-Jacques Ezrati Light ZOOM Lumière
Éclairagistes conseil. Tous deux se sont réunis en collectif sur le thème de la lumière et de la santé et se consacrent ensemble à la réalisation de projets, à l’enseignement et à l’exploration des conditions dans lesquelles ces nouvelles perspectives influent sur la pratique de la conception des environnements éclairés.
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