Interview

Vision Loupi, du simple tech à l’éclairage bien-être

Et si le simple tech et le bien-être devenaient une vision pour l’avenir de la domotique et de l’éclairage ? Vision analogique de Loupi, avec Fabien Poutignat.

Quelle est votre vision futuriste de l’état de l’art ?

Fabien Poutignat : Je ressens une tendance que je qualifierais de simple tech. On en parle. J’ai fait une petite enquête avec mes commerciaux et quand on mentionne application, Casambi, DALI, DMX, beaucoup de gens déclarent qu’ils préfèreraient des boutons simple… Il y a donc un gros travail à faire là-dessus. Cela m’intéresse parce que j’ai beaucoup travaillé sur les LED et leurs drivers. Maintenant, je cherche encore des innovations. Comment rendre simple ce qui est devenu compliqué ?

 

 

Qu’est-ce ce que le simple tech ?

Fabien Poutignat : L’idée, c’est de créer des systèmes durables que les clients peuvent utiliser toute leur vie, sans mises à jour, avec un contrôle simple. Ils devraient pouvoir faire tout ce qu’ils veulent, avoir quelques automatismes, des logiciels basiques et intégrer de l’open source pour prolonger la durée de vie des produits, même si le fabricant n’est plus là. Si un produit a des fonctions qui ne marchent plus, le client pourra s’adresser à des pros de l’électronique, accéder aux logiciels et firmwares, et maintenir le système. C’est un vrai challenge de garantir la durabilité et d’éviter l’obsolescence programmée, pour que les gens puissent toujours accéder à la technologie, même en cas de panne. Par exemple, s’il y a une inondation et que le matériel est abîmé, il faut que les clients puissent le remplacer facilement. Je travaille donc là-dessus, en me concentrant sur la durabilité et l’ergonomie simple. On ne peut pas dépendre d’une appli et de data centers pour allumer les lumières à la maison ou en magasin.

 

Exposition Foujita, de Montparnasse à Villiers-le-Bâcle, éclairage avec des minispots Loupi, maison atelier Foujita – Architecte d’intérieur, scénographe et photo © Fréderic Beauclair

Quelle est la place de la technologie d’éclairage à l’heure du sans-fil ?

Fabien Poutignat : Oui, le wifi  remplace bien la connexion filaire, mais il y a un vrai problème avec cette avalanche de technologie. C’est super, mais il faut qu’elle soit plus humaine et moins complexe. Par exemple, avec les apps, le système local communique sans arrêt avec un serveur éloigné. Si ce serveur est piraté, que fait-on ? Pourquoi mon éclairage serait supervisé par un data center je ne sais où ? Et pour Google ou Alexa par exemple, une panne d’Internet et c’est fini. Il faut vraiment prendre tout ça en compte. Beaucoup de gens commencent à se plaindre de cette surabondance technologique. Ils ne savent même plus comment cela fonctionne et cela devient compliqué, avec des mises à jour fréquentes qui mènent parfois à une obsolescence due à une incompatibilité descendante.

Quelle sera la part de numérique et d’analogique demain ?

Fabien Poutignat : On ne peut pas se passer complètement du matériel analogique dans nos vies futures. Cela rendrait tout le monde trop dépendant du numérique. Dans les années 90, en développant nos systèmes de puces avec Taïwan, on s’est rendu compte que les concepteurs de micro-circuits – Chip On Board COB – avaient « oublié » les phénomènes analogiques.

Au cours du développement, on a rencontré des problèmes. Mon ingénieur, Lafonta, m’a dit que les jeunes ingénieurs de l’époque étaient absorbés par le numérique et oubliaient l’analogique, qui est pourtant essentiel. On ne peut pas vivre dans un monde entièrement numérique, car nous-mêmes sommes analogiques.

Il faut trouver un bon équilibre entre le numérique et l’analogique, sans négliger l’un ou l’autre. Par exemple, les gens aiment encore les boutons, c’est simple et tangible, contrairement à l’ouverture d’applications sur un téléphone. Mon projet pour la retraite, c’est de créer une harmonie entre numérique et analogique, en pensant durabilité et ergonomie.

 

Que pensez-vous de l’intelligence artificielle ?

Fabien Poutignat : J’adore l’IA. J’y crois aussi. Elle peut traiter et compiler des infos beaucoup plus vite que moi. Mais attention, si on laisse l’IA faire sans contrôle, elle peut dire n’importe quoi. On a besoin de notre côté humain pour rectifier. L’ intelligence artificielle est géniale, pour regrouper des infos et chercher/trouver des solutions, mais il faut bien alimenter cette IA. Comme avec un humain, si on lui donne à consommer de la mauvaise matière, un « learning » inapproprié, cela ne va pas marcher proprement…

Qu’est-ce qui est important pour la profession ?

Fabien Poutignat : Ce qui est crucial, c’est l’unité de notre profession et la nécessité d’élaborer les régulations dont nous avons vraiment besoin. Si l’on devait appliquer toutes les réglementations à la lettre, on risquerait de faire faillite rapidement. Ça nécessiterait des embauches spécialisées. On est prêts à s’engager pour une durabilité et une écologie responsable, mais il faut bien comprendre la situation de différends métiers, exemple les agriculteurs : après des années à les encourager à utiliser des pesticides, on leur dit soudain de ne plus le faire. Ils veulent bien, mais sans ça, leur rendement baisse et ils ne peuvent pas le faire de suite, il leur faut une période de transition adaptée.

Éclairage lumière du jour Cold White Warm White, Concept et Tendances, Lyon, 2008 © Loupi

Pourquoi l’éclairage circadien est-il intégré à votre vie ?

Fabien Poutignat : L’éclairage circadien, c’est juste une évolution de de la lumière dans la vie. Je l’utilise chez moi : le matin en hiver, il fait nuit, donc je me fais un lever du jour artificiel. La lumière commence à 2 000 K et monte à 4 000 K en une demi-heure. Franchement, ça met la pêche, c’est top. Avant, j’avais juste une ampoule jaune ; maintenant, j’ai une vraie ambiance de jour. Il faut juste que ce soit simple à utiliser et à la portée de tout le monde.

Tout ce que je fais, je l’essaye, je fais des protos, je les montre, j’en mets chez moi. Par exemple, la lumière de mon bureau, c’est un proto ; je peux ajuster la température de couleur. En général, je reste à 4 000 K, mais le soir, je descends à 3 000 K. Je pense que c’est l’avenir de la lumière de reproduire le cycle circadien en intérieur où nous passons la majorité de notre temps

Comment votre dernière invention pour la santé est-elle née ?

Fabien Poutignat : En fait, c’est une rencontre intéressante. Une personne de mes équipes est allée chez un kiné qui lui a parlé de son travail avec des lampes LED. Il m’a mis en contact avec lui qui travaille sur la lumière rouge depuis 30 ans, surtout avec des lasers rouges. Selon lui, ils sont efficaces, mais il pense que les LED offrent plus de possibilités et de facilité d’emploi. Il y a déjà quelques appareils sur le marché, mais on trouve du bas de gamme low cost venant de Chine, et de l’autre côté, des appareils haut de gamme professionnels coûtant plus de 10000 euros, comme ceux de l’hôpital Gustave Roussy, pour traiter les effets secondaires du cancer. A nous de proposer aux professionnels de la santé des appareils fiable, durables et aux normes à un prix acceptable !

Quels sont les produits LED dédiés aux soins et au bien-être ?

Fabien Poutignat : Je me lance dans des projets d’éclairage qui soignent : un stimulateur d’énergie qui émet de la lumière rouge et pénètre profondément la peau jusqu’aux mitochondries, ces petites centrales énergétiques. Elles sont boostées par le rouge, et produisent plus d’énergie. Par exemple, en cas de traumatisme, en l’utilisant 20 minutes, cela aide à guérir plus vite. Pensez aux masques rouges en esthétique, c’est similaire !

C’est un nouveau marché, pas un médicament ; il s’agit juste d’une installation non intrusive. La lumière rouge est dans le spectre visible, et tout le monde adore cette idée ! C’est parfait pour les kinés, les dentistes et les esthéticiennes. Le pied est télescopique avec flexibles, donc on peut l’adapter facilement, comme sur une table de massage de kiné.

 

Quel est le rôle de la lumière rouge dans cette lampe ?

Fabien Poutignat : La lumière rouge est un booster pour guérir plus vite durablement. C’est un produit simple avec un seul bouton. J’appuie pour démarrer ou arrêter, et je peux régler la minuterie entre 5 et 20 minutes. Elle est intégrée, donc il s’arrête tout seul. C’est facile d’utilisation. Les LED fonctionnent à leur courant nominal, elles ne sont pas suralimentées, donc elles chauffent à peine, ce qui prolonge énormément leur durée de vie. Moins de chaleur, moins de perte de courant. Franchement, un kiné de 30-40 ans pourra utiliser ça pendant toute sa carrière.

Quand ce dernier produit d’éclairage qui soigne a-t-il été lancé ?

Fabien Poutignat : Il est lancé depuis avril 2025. C’est un peu dur, mais le produit plaît beaucoup. Comme pour les précédentes innovations, les gens disent : « C’est super ton produit. Je vais te rappeler, je vais voir. »

Carré Rouge, système de photobiomodulation, 2024 © Loupi

D’ailleurs, je l’ai testé moi-même : je me suis fait extraire une dent il y a deux mois. J’ai mis la plaque « carré Rouge » après l’extraction, et le lendemain, plus rien, nickel. Donc il y a un vrai potentiel, mais comme on est en France, la nouveauté, ça fait toujours un peu peur. Tout le monde attend que quelqu’un d’autre se lance avant.

C’est toujours la question d’avoir une longueur d’avance ?

Fabien Poutignat : Il faut être persévérant, avoir confiance en soi. Mes premières vraies ventes significatives, c’était dix ans après le Concours Lépine, quand je suis allé fabriquer à Taïwan. Avant, je faisais du sur-mesure à droite à gauche, des petites séries de badges lumineux, j’avais un employé, je me débrouillais… La PLV, ça a mis un peu moins de temps à percer, cinq ou six ans quand même. Pendant que je vendais bien mes pin’s, je prospectais, mais au début, les gens disaient « ça va faire disco dans la vitrine ». Bref, ça a toujours pris du temps d’ouvrir un marché à l’innovation

Avec vos 50 ans d’expérience sur la LED, que pensez-vous de cette aventure ?

Fabien Poutignat : Pour moi, c’est inattendu, commencer seul, chez moi et des années plus tard me retrouver dans une entreprise avec beaucoup d’employés pour développer des produits, les fabriquer et les vendre. J’ai toujours investi dans la recherche et le développement, c’est crucial.  Il convient de le faire sur deux niveaux : Le marché présent et celui du futur, d’abord en comprenant ce que veulent les clients maintenant et comment le marché évoluerait à long terme. En France, on a un vrai penchant pour le sur-mesure, donc répondre aux besoins des clients est essentiel. Souvent, nos projets sur mesure ont mené à de nouveaux produits, le client se sent privilégié d’être impliqué. J’ai de beaux souvenirs de réalisations exceptionnelles, comme la grotte Chauvet ou le miroir Chanel, mais maintenant, la concurrence est rude. La technologie est mature, et beaucoup puisent dans nos idées. Loupi a été lanceur de tendances de l’éclairage LED du 21ème siècle.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs ?

Fabien Poutignat : Mon père m’a dit « Pour créer une entreprise il faut : un homme, une idée et de l’argent… » Il à été au départ de Loupi mon « business angel » Aujourd’hui, pour réussir, il faut innover et encore innover, offrir des produits de qualité adaptés aux besoins du marché et beaucoup de service aux clients. Il faut aussi maîtriser les réseaux sociaux et les technologies, s’entourer d’experts, ne pas avoir peur d’investir du temps, de l’argent et surtout, faire de la recherche pour trouver des solutions qui fonctionnent et trouveront leur place sur le marché le moment venu.

Cependant, beaucoup de clients commencent à utiliser les LED d’éclairage avec des apps, mais je ne suis pas totalement satisfait de ça. D’accord, ça marche mais La technologie a complexifié les choses inutilement tout en accentuant les problèmes climatiques. On se sent dérangé tout le temps avec les notifications, c’est devenu difficile de vivre avec ce smartphone omniprésent. Si on ne l’à plus, on se sent déconnecté du monde, au bord du burnout, pourquoi ?

 

 

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Approfondir le sujet

Fondateur de l'agence de relations publiques LZL Services depuis 2023. Son thème : la lumière et l’éclairage. Rédacteur en chef et éditeur du portail français n°1 Light ZOOM Lumière depuis 2012. Architecte diplômé de l’École nationale supérieure d’architecture de Nantes. Éclairagiste urbain de 1997 à 2013 en Europe. Auteur de huit ouvrages de référence sur la ville, le bâtiment et le millénaire. Enseignant sur l'histoire de la conception lumière à l’ENSA Nantes et à l'éclairage dans l'art contemporain à l’ENSATT Lyon.
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