Radiance35, deux conceptions lumière à Bruxelles-Capitale
Radiance35 incarne à Bruxelles-Capitale une vision de la conception lumière à la fois sensible, technique et collective. Fondée au tournant des années 2000 par Isabelle Corten, l’agence s’est imposée par des projets emblématiques. De Molenbeek à la Grand-Place, elle défend une conception sobre, vivante et ancrée dans les réalités du terrain.

Quand as-tu créé ton agence Radiance35 ?
Isabelle Corten : J’ai fondé mon agence un peu par hasard, comme beaucoup de choses dans une vie. À 35 ans, je me suis demandé ce que je voulais vraiment faire et je me suis lancée. J’avais déjà des contacts dans la profession, et partir d’une position d’associée plutôt que de collaboratrice rendait les choses plus naturelles.
Trois mois après, j’ai appris que j’étais enceinte… de jumeaux. À ce moment-là, je me suis demandé : qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je reviens en me disant que ça va aller ? Mais ce n’était pas possible.

Comment ton activité dans l’éclairage urbain a-t-elle évolué ?
Isabelle Corten : Quand j’ai commencé en 2001, je faisais encore à la fois de l’espace public de jour et des plans lumière, donc j’avais appelé mon agence « Isabelle Corten Urbanisme Architecture ». Ensuite, comme je me consacrais davantage à la lumière, j’ai changé pour « Isabelle Corten Urbanisme Lumière ».

Pourquoi ce nom d’agence de conception lumière : Radiance35 ?
Isabelle Corten : Il y avait alors un gros appel d’offres à Liège et c’était le bon moment pour changer de nom d’agence. À cette époque, j’ai même failli fonder une société avec Sara Castagné. On cherchait un nom, quelque chose qui marche aussi en anglais, vu mes contacts en Europe. Un soir, chez Sara, avec nos maris, on a brainstormé, et le nom Radiance est sorti. On s’est dit que c’était pas mal. Puis on a vérifié sur Internet et on a vu que c’était déjà le nom d’un festival à Glasgow.

À ce moment-là, j’avais 20 ans d’expérience et Sarah 15, donc Radiance35 s’est imposé assez naturellement. Finalement, pour diverses raisons, le projet commun ne s’est pas fait : Sara a préféré lancer sa propre structure et elle a eu raison. Moi, je lui ai demandé si je pouvais garder le nom et elle a dit oui. J’ai donc gardé ce nom-là.
Quelles sont les réalisations lumière dont tu es le plus fière aujourd’hui ?
Isabelle Corten : C’est difficile d’en choisir une, il y en a beaucoup. Mais si je pense à mon parcours, je citerais les réalisations menées à Molenbeek, dans la continuité de mon travail de fin d’études. Ce sont des projets d’espaces publics autour de chemins de lumière, développés en trois phases sur une quinzaine d’années.
Qu’est-ce qui est spécifique aux projets lumière de Molenbeek ?
Isabelle Corten : Ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est la manière dont ils ont été conçus : vraiment main dans la main avec les équipes de Sibelga. J’ai toujours besoin de comprendre les techniciens de terrain, leurs contraintes, les réalités du site, mais aussi le câblage, et de m’informer sur le vandalisme et la faisabilité. Le premier projet s’est presque construit ensemble, notamment avec Madjid Teklal.

Et ça a aussi façonné ma pratique : écouter, travailler avec ceux qui connaissent le terrain. Je crois que cette collaboration crée aussi de la fierté chez ceux qui entretiennent ensuite les projets. Ainsi, l’entretien se fait mieux, parce qu’ils y tiennent autant que moi. Quelque part, ce sont aussi leurs projets.

Comment la mise en lumière de la Grand-Place de Bruxelles a-t-elle été conçue ?
Isabelle Corten : La Grand-Place de Bruxelles était un projet mené en association momentanée avec Patrick Rimoux. C’était surtout un challenge technique et d’endurance, parce que sur un patrimoine Unesco, on partait pour au moins dix ans de travail.
Par son échelle, le projet posait aussi des défis techniques que je n’ai jamais retrouvés ailleurs : près de 1 700 luminaires, tous commandés, avec une quantité de boîtiers à intégrer dans ce patrimoine.

Ce que je trouve intéressant, c’est qu’au niveau de la conception, le projet est finalement assez simple : il s’agit surtout de mettre en valeur cette architecture magnifique, le plus discrètement possible. Et au fond, toute la richesse du projet vient justement des défis techniques que cela implique.
Comment ce chantier a-t-il été géré par Nicolas Frapolli ?
Isabelle Corten : Il y a quelque chose de presque sentimental dans ce projet : Nicolas Frapolli est venu y travailler. C’était mon collègue, devenu un ami, décédé il y a un an et demi. Je l’avais rencontré en Haïti. Il n’était pas du tout concepteur lumière, mais urbaniste, et j’avais besoin de quelqu’un pour suivre le chantier de la Grand-Place. Je le lui ai proposé un peu brutalement : c’était son premier chantier lumière.

Mais c’était un homme de terrain, il connaissait le chantier. Et ce projet a lié nos histoires, parce qu’ensuite, il n’est jamais reparti de l’agence, alors qu’au départ il ne devait faire que ce projet-là. En tout cas, ce sont deux facettes qui le représentent bien.

Laquelle de tes réalisations serait faite autrement aujourd’hui ?
Isabelle Corten : Je ne referais plus la Grand-Place de Bruxelles de la même manière. À l’époque, c’était assez rigolo dans les réglages lumière : Patrick Rimoux avait son approche et moi la mienne. J’allais vers des niveaux lumineux plus bas. C’est aussi une manière culturelle de travailler la conception lumière.
Propos recueillis en visio le 9 juin 2026 par Vincent Laganier.

A suivre…
Isabelle Corten, pour la formation à la conception lumière
Approfondir le sujet
- Grand-Place de Bruxelles : révélation lumineuse et sonore
- À travers les murs la lumière, quartier Saint-Jacques, Bruxelles, Belgique
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Photo en tête de l’article : Grand-Place, Bruxelles, Belgique – Conception lumière Radiance35, Isabelle Corten en association avec Patrick Rimoux – Photo © Serge Brison




