Isabelle Corten, des approches de la lumière formatrices
Architecte formée à La Cambre, Isabelle Corten a construit son parcours entre architecture, urbanisme et lumière, jusqu’à faire de la nuit en ville son champ d’expertise. Des premières expériences à Bruxelles à un mémoire fondateur sur Molenbeek, chaque étape a affiné une approche engagée et novatrice de l’espace public.

Quel est ton parcours de formation ?
Isabelle Corten : Je suis architecte de formation. J’ai terminé mes études en 1989 à La Cambre, à Bruxelles. J’ai ensuite commencé à travailler dans un petit bureau d’architecture de trois personnes qui faisait du privé à petite échelle.
Comment une association avec Roger Narboni a-t-elle été décisive ?
Isabelle Corten : J’ai changé de bureau pour une structure plus grande, partagée entre architecture et urbanisme, espace public et lumière. J’ai presque tout de suite travaillé du côté urbanisme et espace public.
Cette agence était associée à Roger Narboni sur le plan lumière du Tracé royal, c’est-à-dire le parcours entre le palais royal de Bruxelles et la résidence royale. C’est là que j’ai eu ma première vraie approche de la lumière, et que j’ai rencontré Frédéric Parent de l’agence Concepto.
Quelle deuxième approche d’éclairage public as-tu eue avec Sibelga ?
Isabelle Corten : La deuxième approche, c’était avec Sibelga en Belgique, où l’éclairage est géré par des opérateurs publics. Ils avaient demandé à l’agence où je travaillais de concevoir une sorte de catalogue d’éclairage public pour rationaliser les appareils, mais avec une approche plus complexe, notamment historique.
Pourquoi avoir repris des études en DES d’urbanisme ?
Isabelle Corten : Il y avait d’autres projets à l’agence, davantage liés aux espaces publics de jour. C’est ce qui m’a donné envie de reprendre des études pour aborder plus largement l’urbanisme et la réflexion sur l’espace public. En architecture, ces questions avaient été évoquées, mais pas assez à mon sens. J’ai donc repris des études en 1997 : un DES en urbanisme et aménagement du territoire. Aujourd’hui, on dirait un master complémentaire. C’était à l’université de Bruxelles ; le tout en travaillant. C’était organisé sur deux jours par semaine, ce qui demandait une vraie organisation.
Comment la conception lumière était-elle enseignée dans cette formation ?
Isabelle Corten : Ce n’était pas du tout un master en conception lumière. Il y avait seulement un maigre cours d’éclairage, un peu obsolète. Je le voyais bien, puisque je travaillais déjà sur des projets lumière à l’agence, ce qui m’apportait déjà des bases solides. Je me suis donc intéressée, de fait, à la question de la nuit et de la lumière.
Comment la question de la nuit est-elle venue ?
Isabelle Corten : J’ai commencé à assister à des colloques, et je me souviens particulièrement de l’un d’eux où Roger Narboni présentait, en France, des projets menés dans des quartiers défavorisés autour de l’éclairage. Ca m’a beaucoup marquée et plus tard avec ma rencontre avec le Social Light Movement, et plus particulièrement Elettra Bordonaro, cela a contribué à définir une partie de ma carrière. C’est aussi dans cette dynamique, et dans l’ouverture que j’avais au sein de mon agence, que cette ligne de travail est apparue.

Jusqu’à ton mémoire sur un quartier de Bruxelles ?
Isabelle Corten : Oui, j’ai fait mon mémoire de fin d’études sur l’influence du sentiment de sécurité lié à l’éclairage, à partir du cas de Molenbeek, un quartier de Bruxelles connu pour ces enjeux-là. Cela m’a permis de prendre le temps de lire et de rédiger ensuite, évidemment, mais aussi de me poser des questions par rapport à la lumière dans la ville.

Terminé en 2000, ce mémoire a vraiment orienté une grande partie de ma carrière, et surtout ma manière d’aborder les quartiers difficiles, la gestion de la nuit et, plus largement, la question du sentiment de sécurité et le genre. Cela guide encore mon travail aujourd’hui. C’est comme ça que je suis venue à ce domaine.

Comment les collaborateurs d’architecte sont-ils rémunérés en Belgique ?
Isabelle Corten : En Belgique, beaucoup d’architectes d’agence travaillent en freelance, sans vraie protection, donc les retards de paiement deviennent la norme. C’était aussi révélateur d’un certain fonctionnement du monde de l’architecture : parler de bonne gestion, cela paraît presque « sale capitaliste », alors qu’en face, les gens vous demandent simplement quand ils vont être payés.

Que s’est-il passé ensuite au sein de l’agence d’architecture ?
Isabelle Corten : Après avoir été collaboratrice, puis associée au directeur, cela s’est mal passé. J’ai tenu comme ça un an et demi, en pensant pouvoir redresser la situation. Puis j’ai compris que rien ne changerait ; alors, il fallait que je parte. Restait à savoir ce que j’allais faire ensuite.
Propos recueillis en visio le 9 juin 2026 par Vincent Laganier.

A suivre…
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