Ponctuelle à 21 ans : de la scène à l’agence de conception lumière
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Profession éclairagiste, matériel d’éclairage et fabricants

Quelle relation avec les fabricants d'éclairage Philippe Mombellet a-t-il ? Profession éclairagiste, matériel d'éclairage, recherche et développement.
par Régis Vasseur4 juin 2020

Quelle est l’importance du matériel dans la profession d’éclairagiste ?

Philippe Mombellet : on se rapproche de plus en plus, dans l’architecture, de la lumière que j’ai pu faire dans le spectacle ! Et c’est cela qui est passionnant, c’est vrai qu’auprès des collaborateurs de Ponctuelle, je transmets, et je me retrouve de mieux en mieux dans ce milieu qui au départ m’était un peu difficile parce qu’il y avait beaucoup de contraintes, avec les architectes, avec du matériel qui n’était pas fait pour « faire de la lumière ». Cela s’est passé aussi au spectacle dans mes débuts : on avait peu de matériel et quand sont arrivés les découpes et les automatiques alors une certaine révolution s’est produite.

Comment le matériel d’éclairage s’est-il amélioré ?

Philippe Mombellet : entre le théâtre et le cinéma, il y a eu beaucoup de « passerelles » pour nous éclairagistes de théâtre. On a « récupéré » le matériel utilisé au cinéma où il y avait plus de moyens. On a pu « détourner » le matériel du cinéma comme les sources HMI…

Lumière ! Le cinéma inventé – Phororama Lumière – Scénographie : Agence NC – Photo : Vincent Laganier

Il y a eu un temps où des fabricants de luminaires faisaient un projecteur, mettaient une parabole et puis ça éclairait comme ça éclairait… Aujourd’hui, on commence à développer avec eux des projecteurs qui ont des lentilles, un faisceau, qu’on gradue, on en fait des découpes, et on commence à faire des automatiques, de tout petits projecteurs qui servent à cadrer et faire des déplacements de lumière. Alors à Ponctuelle il faut des gens qui connaissent cet usage-là.

Cage de scène de la salle de spectacle du théâtre Jean-Claude Carrière, Domaine d’O, Montpellier – projecteurs en éclairage LED © Jonathan Grimaux

Je compare vraiment aux 20 ans que j’ai pu vivre dans les théâtres. Quand je suis arrivé il y avait très peu de choses. C’était le début des Levron, des découpes. Maintenant, quand je fais une production, il y a des automatiques partout. J’essaie de garder un minimum de grosses sources parce que pour moi, c’est le soleil. Ces 20 ans, de 1980 à 2000, je les revis maintenant.

Où choisis-tu tes fabricants en éclairage ?

Philippe Mombellet : quand on se tourne vers les fabricants d’architecture, il y a des centaines et des centaines de fabricants, dans tous les pays, parce que la demande est énorme, pour les appartements, les bureaux, tout !

La Samaritaine – La maison du projet, Paris – VnT Architectes Scénographes : Nicolas Groult et Sylvain Roca © Ponctuelle

Nous on essaie de choisir des fabricants en Europe. Il n’y en a quasiment pas en France, c’est un souci mais c’est ainsi. Il y en a deux ou trois en Europe, beaucoup en Italie, mais aussi en Allemagne, en Autriche, en Angleterre. Il faut aller aux USA, parce là le marché est protectionniste. En Asie, il y a énormément de fabricants, ils ont une exigence moindre, mais on essaie d’être curieux, on va dans les salons.  On est allés à Philadelphie. On va à Rotterdam, puis à Francfort.

Est-ce complexe d’inventer un « nouveau projecteur » ?

Philippe Mombellet : on essaie de travailler avec des partenaires qui ont envie de progresser, d’avancer. A l’agence on essaie, on teste. Je l’ai fait dans le spectacle vivant, où j’ai essayé d’améliorer les choses comme la motorisation. Aujourd’hui, on n’invente rien mais on développe.

Salon business lounge, Aéroport Charles de Gaulle, terminal S4, Roissy – Air France – Architecte : Noé Duchauffour Lawrance – Conception lumière © Ponctuelle

Que penses-tu de l’arrivée des LED sur le marché ?

Philippe Mombellet : je fais une fixation avec l’arrivée des LED sur le marché, avec tous ses avantages mais aussi ses inconvénients. Pendant cinq ans ça n’a pas été maîtrisé, c’était du n’importe quoi à tous les niveaux. Aujourd’hui, on commence à avoir un peu de recul, à maîtriser et à travailler avec des fabricants sur, par exemple, les optiques.

Un exemple avec un fabricant d’éclairage français ?

Philippe Mombellet : l’optique c’est la base de l’éclairage. On travaille sur le faisceau. C’est drôle parce qu’on a travaillé avec un petit fournisseur français, Loupi. Pour Cartier, on avait besoin de petits projecteurs pour accentuer. Jusqu’à il y a peu, pour cela on mettait une lampe dichroïque, ça chauffait… Dans cette petite entreprise, où il y avait trois personnes, au départ ils faisaient de petits pin’s, des trucs qui clignotaient et j’ai pu utiliser cela à l’opéra. Alors un jour ce fabricant me dit : “tiens il y a une LED, qui commence à faire de la lumière”. On a observé cela et puis de fil en aiguille on a fabriqué un petit projecteur qui s’appelle le Spot C, chez Loupi. Maintenant, ils sont 40 dans cette entreprise.

Conception applique lumineuse Chanel – Fabricant : Loupi © Ponctuelle

Ponctuelle fait-elle de la R&D ?

Philippe Mombellet : depuis 2005, on a développé et maintenant le fabricant est demandeur, je ne cherche pas à toucher de royalties, mais Ponctuelle fait des missions de Recherche et Développement avec des fabricants. On travaille avec trois fabricants. C’est une relation de confiance, quand on fait de la lumière, on est un peu « visionnaire ». Il y a des images qu’on cherche à réaliser, et on s’aperçoit qu’on ne peut pas pour tel ou tel souci.

De l’éclairage de stade à d’opéra, il n’y a qu’un pas ?

Philippe Mombellet : quand je faisais de l’opéra, j’ai utilisé des Arena, qui servent « normalement » à éclairer des stades, parce-que cela correspondait à ce que je recherchais. Maintenant, je n’utiliserais pas cela parce qu’il existe des projecteurs « de théâtre » qui font la même chose. On ne cherche pas nécessairement à « inventer », mais on essaie d’adapter. Et surtout, de pouvoir disposer des outils qui peuvent nous permettre de créer un ressenti pour le public. Qu’il soit dans une salle, dans une exposition ou dans son appartement.

Interview réalisée le 15 octobre 2019 à Paris.

Début de l’interview…

Philippe Mombellet : lumière à partager, de la danse à l’opéra

 

Photo en tête de l’article : Caverne du pont d’Arc – Grotte Chauvet – Syndicat mixte du département de l’Ardèche et de la région Rhône Alpes – Architectes : Fabre, Speller Architectes – Scénographe : Scène – Conception lumière © Ponctuelle

Équipe du projet

Concepteur lumière Ponctuelle Philippe Mombellet
Matériel d'éclairage Loupi

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Régis Vasseur
Régis Vasseur
Ex-Directeur technique d’Angers Nantes Opéra. Intervenant au sein du Département scénographie de l’ENSAN de Nantes. Membre de Réditec, Association Professionnelle des Responsables Techniques du Spectacle Vivant.
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