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Théâtre | Mort d’un commis voyageur, Arthur Miller aux Célestins

Quand le jeu des comédiens, la scénographie et la lumière créent l’espace mental d'Arthur Miller dans une mise en scène de Claudia Stavisky.
par Vincent Laganier1 février 2014

La pièce mythique de l’américain Arthur Miller est écrite et créée en 1949. C’est un chef d’œuvre qui parle des rapports contemporains entre enfants et adultes.

« Mort d’un commis voyageur est l’histoire d’une famille et d’une société qui, pour la première fois depuis des générations, a peur que le progrès ne s’arrête, que leurs enfants vivent moins bien qu’eux, que quelque chose ne se soit enrayé dans la progression de la civilisation à laquelle ils ont adhéré et largement contribué à construire » raconte Claudia Stavisky, metteure en scène. « Le chef de famille, Willy Loman, est un voyageur de commerce qui a toute sa vie misé sur la société de consommation et l’arrivée des nouvelles technologies qui pouvaient paraître modernes et soulager les êtres humains de la charge des travaux quotidiens, en particulier les femmes ».

« Une fois dans ma vie, j’aimerais bien posséder une chose avant qu’elle ne soit fichue » déclare Willy Loman, joué magistralement par François Marthouret en début de deuxième acte.

Mort d'un commis voyageur - Auteur : Arthur Miller - Mise en scène : Claudia Stavisky - Célestins Lyon, France 2012-2013 - Photo © Christian Ganet

Mort d’un commis voyageur – Auteur : Arthur Miller – Mise en scène : Claudia Stavisky – Célestins Lyon, France 2012-2013 – Photo © Christian Ganet

Après le succès du 5 au 31 octobre 2012 à Lyon, puis Chassieu et Mornant en novembre 2012, Claudia Stavisky a repris le spectacle. C’était aux Célestins, théâtre de centre-ville à Lyon, avec dix comédiens, trois femmes et sept hommes, du 10 au 22 janvier 2014.

Choix de mise en scène

« J’ai envie de me recentrer sur un plateau quasiment vide, sur les acteurs, sur la puissance de la relation entre les personnages et les situations à l’état brut » décrit Claudia Stavisky. « J’ai également fait appel au scénographe Alexandre de Dardel dont j’ai toujours admiré le travail et, particulièrement, l’espace qu’il avait imaginé pour La Traviata lors du dernier festival d’Aix-en-Provence. Sa proposition pour Mort d’un Commis est totalement différente mais j’y retrouve sa capacité à créer une atmosphère très dense en générant un espace aussi puissant que symbolique et dénudé ».

Claudia Stavisky est également épaulée, pour les costumes et les lumières, par ses collaborateurs habituels, Agostino Cavalca et Franck Thévenon « qui s’inscrivent dans un véritable processus d’émulation fusionnelle » précise-t-elle.

Extrait du spectacle – Célestins, théâtre de Lyon

Note du scénographe

« Comme Violetta dans la Traviata, Willy Loman, « bête de scène », habite la cage de scène. Ce théâtre est pour lui, tour à tour, maison et paysage. Maison-cage, huis clos, où la famille se réunit autour du père, dans un présent et une réalité qu’il subit, qui l’enferment.

Au contraire, sur le plateau nu du théâtre, Willy Loman est le metteur en scène de tableaux où il déploie le paysage de ses souvenirs, où se mêlent personnages du passé, fantômes et fantasmes.

Le décor est réaliste en ce sens qu’il inscrit dans la cage de scène les silhouettes exactes, dans leurs vraies dimensions, de la volumétrie d’une maison.

Le décor est irréaliste, car la maison communique avec les coulisses du théâtre : les lits glissent vers le rêve ou sortent de l’ombre, les silhouettes s’envolent dans les cintres, ou tombent vers le sol comme les serres d’un rapace.

Par conséquent le sol de la maison est mutant : moitié théâtre, moitié maison. Moitié costières, moitié sols fossilisés (carrelages, planchers…) ».

à Strasbourg , le 21 septembre 2012, Alexandre de Dardel, scénographe

La scénographie

Très simple, la scénographie est bien pensée. Elle se compose de grandes structures qui reprennent la géométrie et les étages d’une maison bourgeoise. Six plans peints en noir : trois côté jardin, trois côté cour, entrent et sortent des cintres à tour de rôle. Tout en transparence et en illusion, ils modèlent l’espace scénique en hauteur et en largeur.

Premier acte

Les acteurs se déplacent sur la scène selon l’espace virtuel défini par ces grands châssis sans toile. Un couloir central imaginaire dessine ainsi la position des portes invisibles qu’empruntent les comédiens pour se mouvoir dans la maison.

Pour la plupart des scènes, Alexandre de Dardel utilise seulement trois plans. Il referme l’espace scénique à cour ou à jardin. Le mobilier rudimentaire définit alors la fonction du lieu et où la scène se passe :

  • un lit deux places pour les parents à jardin,
  • deux lits superposés pour les deux frères à cour,
  • une table et deux chaises à cour pour la mère et les jeunes,
  • un frigidaire à cour.
Mort d'un commis voyageur - Auteur : Arthur Miller - Mise en scène : Claudia Stavisky - Célestins Lyon, France 2012-2013 - Photo © Christian Ganet

Mort d’un commis voyageur – Auteur : Arthur Miller – Mise en scène : Claudia Stavisky – Célestins Lyon, France 2012-2013 – Photo © Christian Ganet

Comme les rues et costières du théâtre à l’italienne sur un plateau, le mobilier entre et sort en déplacement latéral, depuis les coulisses à jardin et à cour. C’est magique !

Pour éviter les contraintes propres à chaque salle qui accueille le spectacle en tournée, « un plancher de 9 cm d’épaisseur recouvre tout le plateau à partir du bord de scène sur une profondeur de 11,60 mètres et une ouverture de 16 mètres » explique la fiche technique de Mort d’un commis voyageur. « Les meubles (lits, tables, frigo) se déplacent sur des rails intégrés et sont actionnés à l’aide de commandes à fils par les machinistes. En fond de plateau, derrière le plancher, une toile décor de 16 m de large et 7 m de haut finit le décor. Cette toile est rétro-éclairée. Elle manœuvre avec son réflecteur pour découvrir le mur de fond du théâtre dans la deuxième partie ».

Deuxième acte

Deux autres grands décors sont utilisés dans le deuxième acte :

  • Un grand pan de mur aveugle en panneau bois au niveau du rideau de fer. Il ferme l’espace et crée le lieu inhospitalier du bureau dans la pièce.
  • Un rideau de fil blanc au premier tiers de la scène depuis la face et un fond de velours noir en arrière-plan. Avec un tapis blanc en diagonal et un comptoir de bar, ils créent le restaurant où tout bascule.
Mort d'un commis voyageur - Auteur : Arthur Miller - Mise en scène : Claudia Stavisky - Célestins Lyon, France 2012-2013 - Photo © Christian Ganet

Mort d’un commis voyageur – Auteur : Arthur Miller – Mise en scène : Claudia Stavisky – Célestins Lyon, France 2012-2013 – Photo © Christian Ganet

Un élément de la scénographie ne fonctionne pas bien : la scène de la salle de bain. Le décor semble avoir été bricolé pour coller à l’action. Il ne s’inscrit pas dans la sobriété du reste de la scénographie. Dommage.

Troisième acte

On retrouve le décor de la maison avec les 3 pans de structures stylisés.

A la fin du spectacle, vous comprendrez pourquoi il y a une marche au fond de la scène…

La lumière

Créant l’instant, la lumière traduit l’état émotionnel des personnages. Dans le premier acte, deux ambiances alternent.

Ambiance 1

Mort d'un commis voyageur - Auteur : Arthur Miller - Mise en scène : Claudia Stavisky - Célestins Lyon, France 2012-2013 - Photo © Christian Ganet

Mort d’un commis voyageur – Auteur : Arthur Miller – Mise en scène : Claudia Stavisky – Célestins Lyon, France 2012-2013 – Photo © Christian Ganet

Blanc froid cadré sur le mobilier et les comédiens de face. Pour les scènes dans la maison.

  • Depuis la salle, des découpes rectangulaires halogène 2 kW cadrent le plateau.
  • D’autres sont réglées avec un léger flou sur les lieux de l’action.
  • Un contre-jour diagonal HMI 2,5 kW et un filtre dépoli laissent entrevoir la structure de la maison.
  • Des douches blanc froid sur le mobilier silhouettent les personnages.
  • Le lointain est rétro-éclairé légèrement, toujours en blanc froid.

Ambiance 2

Mort d'un commis voyageur - Auteur : Arthur Miller - Mise en scène : Claudia Stavisky - Célestins Lyon, France 2012-2013 - Photo © Christian Ganet

Mort d’un commis voyageur – Auteur : Arthur Miller – Mise en scène : Claudia Stavisky – Célestins Lyon, France 2012-2013 – Photo © Christian Ganet

Ambrée et très lumineuse qui envahit le plateau. Elle ouvre l’espace sur un extérieur.

  • Elles utilisent des faces halogène 2 kW au dernier balcon en blanc chaud.
  • Les contre-jours diagonaux Fresnel 5 kW deviennent ambrés pour signifier une fin de journée.
  • Comme un cyclo de haut en bas, le fond est éclairé avec des racks de tubes fluorescents filtrés en Lee 201.

Dans le deuxième acte, les scènes sont dans des espaces restreins par l’action et la scénographie.

Ambiance 3

Devant le grand pan de mur en bois, le bureau et les comédiens sont éclairés en latéral haut depuis la dernière loge d’avant-scène en blanc froid. Une découpe de face cadre l’action. La lumière devient verdâtre lorsque le patron sort. Elle incarne l’état psychologique d’un commis voyageur.

Ambiance 4

Le pub est éclairé en bleu venant d’un latéral haut à jardin. Elle passe au bleu nuit au fur et à mesure que l’action se tisse. Le rideau de fil blanc n’est pas proprement mis en lumière. Le comptoir de bar est rétroéclairé partiellement avec des surfaces diffusantes.

Reportage TLM

Pour le troisième acte, les ambiances lumineuses du premier acte sont reproduites. La scénographie de la maison, tout en silhouette et en contre-jour, est là. Détail important : il n’y a plus de rétro-éclairage sur le fond pour dramatiser la perception de la scène.

A voir en tournée en France

  • 5 au 8 février : Montpellier, théâtre des treize vents, centre dramatique national du Languedoc-Roussillon.
  • 12 au 14 février : Angers, nouveau théâtre d’Angers (NTA), centre dramatique national des Pays de la Loire.
  • 19 au 21 février : La Rochelle, la Coursive, scène nationale de La Rochelle
  • 12 au 15 mars : Nice, théâtre national de Nice, centre dramatique national Nice Côte d’Azur.
  • 20 et 21 mars : Chalon-sur-Saône, espace des arts, scène nationale de Chalon-sur-Saône.
  • 27 et 28 mars : Rueil-Malmaison, théâtre André Malraux.
  • 17 et 18 mai : Albi, grand théâtre d’Albi.

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Mort d'un commis voyageur - Auteur : Arthur Miller - Mise en scène : Claudia Stavisky - Célestins Lyon, France 2012-2013 - Photo © Christian Ganet

Mort d’un commis voyageur – Auteur : Arthur Miller – Mise en scène : Claudia Stavisky – Célestins Lyon, France 2012-2013 – Photo © Christian Ganet

Interview de François Marthouret et Claudia Stavisky

Lieu

  • Célestins, Théâtre de Lyon
  • 4 Rue Charles Dullin, 69002 Lyon, France

Équipe artistique

Texte Arthur Miller
Texte français Claudia Stavisky
Comédiens François Marthouret Hélène Alexandridis Jean-Claude Durand Alexandre Zambeaux Sava Lolov Jules Sagot Valérie Marinese Fabien Albanèse Judith Rutkowski Mathieu Gerin
Scénographe Alexandre de Dardel
Créateur lumière Franck Thévenon
Costumes Agostino Cavalca
Musique Jean-Marie Sénia
Son Sylvestre Mercier

Équipe technique

Équipe du projet

Magazine LICHT

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Vincent Laganier
Vincent Laganier
Architecte diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes. Rédacteur en chef du portail Light ZOOM Lumière depuis 2012. Auteur de six ouvrages de référence sur la lumière, la ville et le bâtiment. Enseignant en éclairage à l’ENSA Nantes, au Pôle Atlantique et au Campus Lumière de Lyon.

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