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Bleu Klein pour la Philharmonie Luxembourg de Eric Michel

Du 26 au 30 novembre dernier, le festival Rainy days a fait résonner la lumière et rendu visible la musique à la Philharmonie Luxembourg. Interview de l’artiste Eric Michel.
par Vincent Laganier8 janvier 2015

Vincent Laganier : quel était le thème du festival Rainy days 2014 ?

Eric Michel : l’an dernier, le thème du festival de musique contemporaine était Switch the light on. Des artistes et concepteurs lumière étaient invités à déployer des propositions en relation avec les œuvres musicales.

VL : où se passait ton intervention lumière de la Philharmonie Luxembourg ?

EM : mon intervention – Mono Light – résulte d’une commande de la Philharmonie Luxembourg et des Archives Yves Klein. Il s’agissait de mettre en espace et en lumière la Symphonie Monoton-Silence à l’occasion de l’édition 2014 du festival Rainy Days. Elle comprenait :

  • une mise en lumière monumentale du Grand Foyer pendant toute la durée du festival,
  • une mise en lumière du Grand Auditorium pendant la Symphonie.

Cette commande était un aboutissement naturel de mes recherches sur la lumière en dialogue avec l’architecture en général, et plus particulièrement de mon exploration de la frontière entre le matériel et l’immatériel dans la lignée d’Yves Klein.

Mono Light, Eric Michel, 2014 - Philharmonie Luxembourg, Rainy days 2014 - Photo : Eric Michel

Mono Light, Eric Michel, 2014 – Philharmonie Luxembourg, Rainy days 2014 – Photo : Eric Michel

VL : quels effets lumière étaient visibles en extérieur ?

EM : de l’extérieur, une aura bleue émanait à travers les colonnades multiples du magnifique bâtiment conçu par Christian de Portzamparc. L’effet était comparable à celui déployé sur le site des Grands Moulins de Pantin. Les sources n’étaient pas visibles de l’extérieur. La Philharmonie apparaissait comme un vaisseau de lumière.

VL : et à l’intérieur ?

A l’intérieur, le bleu monochrome plongeait le visiteur dans une ambiance immersive, méditative, pour le préparer à l’expérience extrême de la Symphonie.

Ma sculpture lumineuse Seven Keys Mono Blue était présentée dans une niche, telle une icône.

A côté, d’autres œuvres de lumière de Dan Flavin et de Michel Verjux étaient aussi réparties dans la Philharmonie.

Mono Light, Eric Michel, 2014 - Philharmonie Luxembourg, Rainy days 2014 - Photo : Eric Michel

Mono Light, Eric Michel, 2014 – Philharmonie Luxembourg, Rainy days 2014 – Photo : Eric Michel

VL : quelles techniques d’éclairage ont été mises en œuvre pour Mono Light ?

EM : compte tenu de la hauteur sous plafond, j’ai privilégié l’utilisation de puissants projecteurs LED positionnés entre les colonnes. Ils étaient dirigés vers le plafond de la Philharmonie. Mon medium de prédilection étant jusqu’à présent le tube fluorescent, en installation artistique monumentale, c’était ma première utilisation de la LED ! Pour rester cohérent avec ma signature bleue, j’ai pu régler de manière fine la couleur, en hommage à Yves Klein.

Ma sculpture Seven Keys Mono Blue utilisait une autre de mes signatures : des plaques acryliques fluorescentes révélées par un tube fluorescent de lumière noire. Un modèle que j’ai déposé à mon retour du Japon.

Seven Keys Mono Blue, Eric Michel, 2008

Seven Keys Mono Blue, Eric Michel, 2008

VL : l’autre évènement était La Symphonie Monoton-Silence jouée dans la salle de concert de la Philharmonie. En quoi a consisté ton installation lumière ?

EM : après s’être immergé dans le bleu du Grand Foyer, le visiteur pénétrait dans le Grand Auditorium. Les balisages au sol étaient recouverts de films magenta. Les tours des loges latérales étaient baignées d’une lueur fluorescente bleue – provenant de sources invisibles, comme dans mon intervention dans la bibliothèque du Couvent de La Tourette.

Derrière la scène, un monochrome de lumière bleue se déployait sur un cyclo géant derrière les choristes et les musiciens. Leur entrée fut soulignée par un jeu de lumière classique, utilisant principalement les célèbres Svoboda, du nom de leur inventeur, principal inspirateur de Bob Wilson. Ensuite, le chef d’orchestre pénétra dans l’auditorium et la Symphonie était prête à résonner.

Mono Light, Eric Michel, 2014 - Symphonie Monoton-Silence, Yves Klein - Philharmonie Luxembourg, Rainy days 2014 - Photo : Eric Michel

Mono Light, Eric Michel, 2014 – Symphonie Monoton-Silence, Yves Klein – Philharmonie Luxembourg, Rainy days 2014 – Photo : Eric Michel

VL : comment la lumière évoluait-elle au cours de la performance musicale de 40 minutes ?

EM : pendant ma phase de conception, j’ai envisagé plusieurs options. Tout d’abord la projection de ma vidéo Fluo Horizon, que j’ai pu tester lors de ma visite de repérage. L’effet aurait été intéressant mais lors de nos discussions avec les Archives de Klein, nous avons assez rapidement décidé d’éviter toute référence à une « image », aussi abstraite soit-elle.

J’ai ensuite pensé à un monochrome de lumière bleue, en référence directe à mon travail et à Yves Klein. Mais je préférais finalement m’orienter sur une progression lumineuse inspirée de ma série Aura, comme un horizon de lumière magenta se levant derrière les choristes telle une aube immatérielle.

Pendant les répétitions, la veuve d’Yves Klein, Rotraut Klein-Moquay, venue spécialement des Etats-Unis pour l’occasion avec son fils Yves-Amu Klein, a finalement préféré que l’on reste sur le monochrome de lumière bleue. C’est donc cette option qui a été retenue pendant la performance.

Mono Light, Eric Michel, 2014 - Symphonie Monoton-Silence, Yves Klein - Philharmonie Luxembourg, Rainy days 2014 - Photo : Eric Michel

Mono Light, Eric Michel, 2014 – Symphonie Monoton-Silence, Yves Klein – Philharmonie Luxembourg, Rainy days 2014 – Photo : Eric Michel

Au moment précis où la Symphonie a résonné, à l’instant même où les sons sortaient de la bouche des choristes, le monochrome de lumière s’est mis à vibrer d’un bleu plus intense, et cela a duré pendant l’intégralité de la Symphonie.

Yves Klein souhaitait que le son soit comme présent, avant même de résonner. Et bien que s’arrêtant brutalement au bout de 20 minutes de vibration d’un accord tenu, sa « présence » doit continuer de s’étendre dans 20 minutes de silence, comme un symbole d’éternité.

J’ai donc décidé d’utiliser la lumière-langage comme ce lien entre le son et le silence – ce vide de tous les possibles – entre l’avant, le pendant et l’après, comme un support méditatif pour mieux se laisser porter par l’expérience de la Symphonie.

VL : quels souvenirs gardes-tu de cette expérience autour de l’œuvre de Yves Klein ?

EM : ce fut une expérience formidable, comme un aboutissement de toutes mes recherches sur la lumière, l’architecture, Yves Klein. Comme si tout mon parcours m’avait prédestiné à cette ultime performance.

Pendant les sept mois de préparation, et pendant les quatre jours d’effervescence précédant l’événement, la pression est montée à un point culminant pour aboutir à une de mes propositions les plus monumentales mais en même temps la plus minimaliste, tout simplement au service d’Yves Klein. Comme je le disais en remerciement après l’événement, je lui dois presque tout. Le reste, je le dois à la lumière.

Propos recueillis par Vincent Laganier via e-mail le 5 décembre 2014.

Mono Light, Eric Michel, 2014 - Philharmonie Luxembourg, Rainy days 2014 - Photo : Eric Michel

Mono Light, Eric Michel, 2014 – Philharmonie Luxembourg, Rainy days 2014 – Photo : Eric Michel

Lieu

  • Philharmonie Luxembourg
  • Luxembourg, Luxembourg

Équipe artistique

Musique Yves Klein Symphonie Monoton-Silence
Chef d'orchestre Roland Dahinden
Plasticien lumière Eric Michel
Architecte Christian de Portzamparc
Musiciens Conservatoire de la Ville de Luxembourg INECC
Coproduction Philharmonie Luxembourg Archives Yves Klein

Équipe du projet

Philosophe Yves Klein

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Évènement

  • Svoboda, Espace, Lumière
  • JOURNéE D'éTUDE - Journée d’étude "Svoboda, Espace, Lumière" le 27 avril 2018 à l'ENSATT de Lyon. Explorer certaines facettes de l'œuvre singulière de Josef Svoboda, point de départ pour interroger les mutations de la scénographie contemporaine.
  • Date : du vendredi 27 avril 2018 au vendredi 27 avril 2018
  • Lieu :
    • ENSATT - École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théatre
    • Lyon, France

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Sujets Rainy days Philharmonie Luxembourg Mise en lumière Eric Michel Symphonie Monoton-Silence Foyer Auditorium Seven Keys Tube fluorescent Lumière noire
Effets lumière Lumière bleue Lumière diffuse
Techniques d'éclairage Éclairage architectural Éclairage LED
Professions Artiste Plasticien lumière
Supports Interview Photo
Fonction du lieu Salle de spectacle
Source Vincent Laganier Light ZOOM Lumière
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Vincent Laganier
Vincent Laganier
Architecte diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes. Rédacteur en chef du portail Light ZOOM Lumière depuis 2012. Auteur de six ouvrages de référence sur la lumière, la ville et le bâtiment. Enseignant en conception lumière à l’ENSA Nantes, en art lumière l'ENSATT Lyon et au projet d'éclairage à l’INSA Lyon.

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