L’Atelier des jardiniers : éclairage en réemploi à Montrouge
Sans renier son passé, L’Atelier des jardiniers de Montrouge prouve qu’un ancien site industriel peut devenir un lieu culturel lumineux. En conservant ses luminaires d’origine et en les complétant par des pièces de réemploi, ce tiers-lieu fait de la lumière un geste de mémoire, d’écologie et d’émotion.
L’Atelier des jardiniers et éclairage en réemploi à Montrouge
- Un ancien atelier d’hélices transformé en tiers-lieu culturel
- Transformer sans effacer, éclairer sans gaspiller
- Architecture frugale pensée pour durer
- Éclairage : entre lumière naturelle et luminaires conservés
- Des luminaires industriels de réemploi venus de Roubaix
- Innovation moins technologique que culturelle
- Inauguration placée sous le signe des recommencements
- Trois architectes, trois horizons, une même ambition
- Approfondir le sujet
- Commentaires
Un ancien atelier d’hélices transformé en tiers-lieu culturel
Au 9, rue Paul Bert, à Montrouge, un bâtiment des années 1940 renaît. D’abord occupé par les usines Ratier, spécialisées dans la fabrication d’hélices d’avion, le site est ensuite devenu une friche industrielle, puis un entrepôt du service des espaces verts de la ville. C’est de cet usage municipal que le lieu tire son nom : L’Atelier des jardiniers.

Étapes du projet
Aujourd’hui, ce volume de 600 m² connaît une reconversion spectaculaire. Le lieu a d’abord été ouvert une première fois en juillet 2021. Puis il a été inauguré le 27 avril 2024 dans sa forme culturelle aboutie.


Ce tiers-lieu est cogéré par l’association La Galerie pour les activités éducatives, et par la société L’Atelier des jardiniers pour la cantine.
Équipe d’architectes
L’aménagement architectural a été conçu par Septembre architecture, en lien avec la mairie de Montrouge. Une équipe de trois architectes associés de différents horizons :
- Memia Belkaid : un parcours entre Tunisie et France, au croisement de l’architecture et de la stratégie urbaine.
- Sami Aloulou : une expertise nourrie par la conception, la culture et les grands projets urbains.
- Lina Lagerström : une architecte suédoise au parcours international, entre Paris et Tokyo.
Ensemble, ces trois architectes illustrent une génération mobile, curieuse et résolument tournée vers l’avenir.

Programme architectural
Le programme associe plusieurs fonctions :
- une galerie de 300 m²,
- une cantine locavore d’environ 200 m²,
- un bar,
- des espaces d’accueil et de rencontre.
« Sa nouvelle identité marque une transition entre cette ancienne fonction et son nouveau rôle d’incubateur d’idées pour une ville durable et verte », résume la Ville de Montrouge.

Transformer sans effacer, éclairer sans gaspiller
La commande adressée à l’agence d’architecture reposait sur une idée forte : faire du réemploi le principe directeur de l’aménagement intérieur. Il ne s’agissait pas de lisser le passé du bâtiment, mais de le laisser parler.

Le projet des architectes s’est donc construit autour de deux principes majeurs :
- conserver au maximum l’existant,
- intégrer des équipements issus du réemploi pour les besoins nouveaux.

Ont ainsi été préservés :
- le sol en béton,
- la charpente en acier,
- les murs en briques,
- certains carrelages,
- les luminaires d’origine.


Équipements complémentaires en réemploi
Pour les équipements complémentaires, l’agence Septembre architecture a puisé dans les ressources de l’enseigne Le Parpaing, plateforme roubaisienne spécialisée dans le réemploi. Se présentant sous forme d’un magasin pour la construction, elle a fourni :
- des luminaires,
- des sanitaires,
- du mobilier.

Derrière cette démarche, il y a une conviction presque militante : concevoir à partir de ce qui existe déjà, plutôt que contre lui. Le réemploi ne relève pas d’un effet de mode. Il devient une manière de regarder les objets avec respect, de prolonger leur histoire au lieu de la condamner.
Architecture frugale pensée pour durer
Le projet devait également répondre à une réalité très concrète : des contraintes budgétaires serrées et des exigences écologiques élevées.
Pour éviter une rénovation énergivore, les concepteurs ont organisé le bâtiment en trois zones climatiques.
| Zones | Usage | Thermique | Techniques |
|
Zone 1 Ambre |
Permanent | Isolée et chauffée | Radiateurs fixes |
|
Zone 2 Jaune |
Flexible | Non isolée et chauffée ponctuellement | Souffleurs d’air chaud |
|
Zone 3 Bleuté |
Saisonnier | Sans isolation ni chauffage |

Sans sacrifier la qualité des espaces, cette stratégie permet de réduire l’empreinte énergétique. Rare et presque courageuse, elle assume une forme de sobriété, où chaque mètre carré n’est pas traité de manière uniforme, mais selon son usage réel.
Éclairage : entre lumière naturelle et luminaires conservés
Dans ce projet, la lumière ne vient pas simplement équiper l’espace : elle en prolonge la mémoire. En effet, l’espace industriel intérieur bénéficie d’un grand shed qui inonde le lieu de lumière naturelle.

Les luminaires industriels d’origine ont été conservés sur place, restaurés puis remis en service. Leur présence raconte immédiatement l’histoire ouvrière du lieu. Ils ne sont pas de simples objets techniques ; ils sont les témoins silencieux d’un passé de production, de gestes et de matière.

Cette mise en lumière accompagne la vérité du bâtiment ; elle :
- révèle la charpente en acier,
- souligne la texture des briques,
- respecte la rugosité du béton,
- dialogue avec les éléments de serrurerie existants, parfois détournés de leur usage initial.
Les baies vitrées, agrandies, laissent aussi pénétrer davantage de lumière naturelle. Le jour, le lieu respire. Le soir, l’éclairage intérieur prolonge cette ouverture et crée une relation sensible avec la rue et la terrasse.

Si l’éclairage naturel comme artificiel diffuse dans l’espace intérieur un sentiment d’apaisement, l’essentiel est ailleurs : ici, la lumière ne cherche pas à masquer le temps. Elle choisit au contraire de l’accompagner, de le rendre visible, presque palpable.
Des luminaires industriels de réemploi venus de Roubaix
Pour compléter le dispositif, l’agence s’est tournée vers le magasin Le Parpaing. Dans le catalogue printemps 2024 de la plateforme figurent plusieurs éléments de seconde main, dont un « luminaire industriel ». D’autres pièces y sont également recensées, comme :
- une coque de tribune,
- une enseigne de café,
- une grille de séparation,
- des panneaux industriels.


Chaque objet est identifié, documenté, rattaché à une provenance. Presque comme un montage affectif, cette logique transforme le chantier en travail de composition. Les luminaires réemployés prennent place dans :
- la galerie,
- la cantine,
- les circulations.
Leur force tient précisément à leur hétérogénéité : aucune perfection standardisée, mais une présence, une épaisseur, une vie antérieure qui affleure encore.

Le réemploi des luminaires donne aussi corps à une idée simple et puissante : prolonger l’énergie grise contenue dans les objets déjà fabriqués. Autrement dit, éviter qu’ils ne deviennent des déchets alors qu’ils peuvent encore servir, éclairer, émouvoir.


Innovation moins technologique que culturelle
Au sens technique du terme, cette réalisation ne met pas en avant une innovation spectaculaire. Elle ne revendique ni système sophistiqué ni performance lumineuse démonstrative. Et c’est peut-être ce qui la rend si forte.
L’innovation réside ici dans une preuve concrète : un lieu culturel public peut rayonner avec des objets sauvés, réparés, puis réinstallés.

Cette approche n’efface pas les difficultés. Le réemploi suppose :
- une hétérogénéité des pièces,
- la gestion des questions d’assurance,
- un travail de caractérisation technique,
- une adaptation fine au projet architectural.
Mais L’Atelier des jardiniers montre que ces obstacles peuvent être levés. Patiemment. Objet par objet. Luminaire par luminaire.
Inauguration placée sous le signe des recommencements
L’exposition inaugurale, NO FUTURE, comme disaient les punks, a réuni onze artistes du 27 avril au 21 juillet 2024. Le symbole est fort. Dans un lieu bâti sur le réemploi, l’art interroge à son tour les fins, les ruines et les renaissances. Ici, rien n’est totalement neuf, et pourtant, tout recommence.

En bref, la lumière de L’Atelier des jardiniers n’éclaire pas les murs. Elle ranime un passé industriel. Elle accompagne une ambition écologique. Elle offre au quartier un lieu de partage profondément humain. À Montrouge, les hélices ont disparu, mais quelque chose de leur élan demeure : une façon obstinée de faire voler de nouveau ce qui semblait condamné au silence.

Trois architectes, trois horizons, une même ambition
Memia Belkaid
Venue de Tunisie et formée aussi en France, Memia Belkaid construit un parcours entre architecture, urbanisme et stratégie territoriale. Diplômée de l’ENSA Paris-La Villette et de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle allie vision urbaine et expérience de terrain. Avant de cofonder Septembre architecture en 2010, elle travaille en conception, en études et en suivi de projets, puis se spécialise dans la programmation et la prospective urbaine. Un profil complet, tourné vers la ville de demain.
Sami Aloulou
Lui aussi formé entre la Tunisie et la France, Sami Aloulou incarne un regard croisé sur l’architecture et la fabrique urbaine. Architecte et urbaniste, il complète son parcours par un master en programmation architecturale et urbaine. Son expérience en agences parisiennes le mène de la conception au suivi de chantier, avec une attention particulière aux projets culturels et aux stratégies urbaines de grande échelle. Cofondateur de Septembre architecture, il défend une approche ouverte et ambitieuse de la ville.
Lina Lagerström
Originaire de Suède, Lina Lagerström apporte une dimension résolument internationale à l’équipe. Formée au Royal Institute of Technology de Stockholm, avec un échange à Paris-La Villette, elle développe son expérience entre l’Europe, l’Asie et l’Amérique. À Paris puis à Tokyo, elle travaille sur des projets variés, des équipements culturels aux maisons privées. En cofondant Septembre architecture, elle contribue à faire émerger une agence portée par la diversité des regards et des expériences.
Approfondir le sujet
- Ralum, pour le réemploi artistique de luminaires
- Le réemploi de matériel d’éclairage est-il circulaire ?
- Materials & Light, focus recyclage et réemploi
Photo en tête de l’article : Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Lumière naturelle et éclairage intérieur, luminaires en réemploi – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni
Équipe du projet
Lieu
- L’Atelier des jardiniers
- Montrouge, France




