Réalisation

L’Atelier des jardiniers : éclairage en réemploi à Montrouge

À Montrouge, un ancien atelier industriel renaît. Lieu culturel, il s’éclaire avec ses luminaires d’origine et des pièces de réemploi.
23 octobre 2026

Sans renier son passé, L’Atelier des jardiniers de Montrouge prouve qu’un ancien site industriel peut devenir un lieu culturel lumineux. En conservant ses luminaires d’origine et en les complétant par des pièces de réemploi, ce tiers-lieu fait de la lumière un geste de mémoire, d’écologie et d’émotion.

 

 

L’Atelier des jardiniers et éclairage en réemploi à Montrouge

Un ancien atelier d’hélices transformé en tiers-lieu culturel

Au 9, rue Paul Bert, à Montrouge, un bâtiment des années 1940 renaît. D’abord occupé par les usines Ratier, spécialisées dans la fabrication d’hélices d’avion, le site est ensuite devenu une friche industrielle, puis un entrepôt du service des espaces verts de la ville. C’est de cet usage municipal que le lieu tire son nom : L’Atelier des jardiniers.

Atelier des jardiniers, vue ensemble extérieure du tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

Étapes du projet

Aujourd’hui, ce volume de 600 m² connaît une reconversion spectaculaire. Le lieu a d’abord été ouvert une première fois en juillet 2021. Puis il a été inauguré le 27 avril 2024 dans sa forme culturelle aboutie.

Axonométrie, Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Architecte et dessin © Septembre architecture
Atelier des jardiniers, façade du tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

Ce tiers-lieu est cogéré par l’association La Galerie pour les activités éducatives, et par la société L’Atelier des jardiniers pour la cantine.

Équipe d’architectes

L’aménagement architectural a été conçu par Septembre architecture, en lien avec la mairie de Montrouge. Une équipe de trois architectes associés de différents horizons :

  • Memia Belkaid : un parcours entre Tunisie et France, au croisement de l’architecture et de la stratégie urbaine.
  • Sami Aloulou : une expertise nourrie par la conception, la culture et les grands projets urbains.
  • Lina Lagerström : une architecte suédoise au parcours international, entre Paris et Tokyo.

Ensemble, ces trois architectes illustrent une génération mobile, curieuse et résolument tournée vers l’avenir.

Atelier des jardiniers, entrée du tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

Programme architectural

Le programme associe plusieurs fonctions :

  • une galerie de 300 m²,
  • une cantine locavore d’environ 200 m²,
  • un bar,
  • des espaces d’accueil et de rencontre.

« Sa nouvelle identité marque une transition entre cette ancienne fonction et son nouveau rôle d’incubateur d’idées pour une ville durable et verte », résume la Ville de Montrouge.

Plan des fonctions et élévation sur la rue, Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France Architecte et dessin © Septembre architecture

Transformer sans effacer, éclairer sans gaspiller

La commande adressée à l’agence d’architecture reposait sur une idée forte : faire du réemploi le principe directeur de l’aménagement intérieur. Il ne s’agissait pas de lisser le passé du bâtiment, mais de le laisser parler.

Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Lumière naturelle et éclairage intérieur, luminaires en réemploi – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

Le projet des architectes s’est donc construit autour de deux principes majeurs :

  • conserver au maximum l’existant,
  • intégrer des équipements issus du réemploi pour les besoins nouveaux.
Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Lumière naturelle et éclairage intérieur, luminaires en réemploi – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

Ont ainsi été préservés :

  • le sol en béton,
  • la charpente en acier,
  • les murs en briques,
  • certains carrelages,
  • les luminaires d’origine.
Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Lumière naturelle et éclairage intérieur, luminaires en réemploi – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

 

Équipements complémentaires en réemploi

Pour les équipements complémentaires, l’agence Septembre architecture a puisé dans les ressources de l’enseigne Le Parpaing, plateforme roubaisienne spécialisée dans le réemploi. Se présentant sous forme d’un magasin pour la construction, elle a fourni :

  • des luminaires,
  • des sanitaires,
  • du mobilier.
Axonométries des luminaires et objets en réemploi – Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Architecte et dessin © Septembre architecture

Derrière cette démarche, il y a une conviction presque militante : concevoir à partir de ce qui existe déjà, plutôt que contre lui. Le réemploi ne relève pas d’un effet de mode. Il devient une manière de regarder les objets avec respect, de prolonger leur histoire au lieu de la condamner.

Architecture frugale pensée pour durer

Le projet devait également répondre à une réalité très concrète : des contraintes budgétaires serrées et des exigences écologiques élevées.

Pour éviter une rénovation énergivore, les concepteurs ont organisé le bâtiment en trois zones climatiques.

Zones Usage Thermique Techniques

Zone 1

Ambre

Permanent Isolée et chauffée Radiateurs fixes

Zone 2

Jaune

Flexible Non isolée et chauffée ponctuellement Souffleurs d’air chaud

Zone 3

Bleuté

Saisonnier Sans isolation ni chauffage
Plan des trois zones climatiques, Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France Architecte et dessin © Septembre architecture

Sans sacrifier la qualité des espaces, cette stratégie permet de réduire l’empreinte énergétique. Rare et presque courageuse, elle assume une forme de sobriété, où chaque mètre carré n’est pas traité de manière uniforme, mais selon son usage réel.

Éclairage : entre lumière naturelle et luminaires conservés

Dans ce projet, la lumière ne vient pas simplement équiper l’espace : elle en prolonge la mémoire. En effet, l’espace industriel intérieur bénéficie d’un grand shed qui inonde le lieu de lumière naturelle.

Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Lumière naturelle et éclairage intérieur, luminaires en réemploi – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

Les luminaires industriels d’origine ont été conservés sur place, restaurés puis remis en service. Leur présence raconte immédiatement l’histoire ouvrière du lieu. Ils ne sont pas de simples objets techniques ; ils sont les témoins silencieux d’un passé de production, de gestes et de matière.

Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Lumière naturelle et éclairage intérieur, luminaires en réemploi – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

Cette mise en lumière accompagne la vérité du bâtiment ; elle :

  • révèle la charpente en acier,
  • souligne la texture des briques,
  • respecte la rugosité du béton,
  • dialogue avec les éléments de serrurerie existants, parfois détournés de leur usage initial.

Les baies vitrées, agrandies, laissent aussi pénétrer davantage de lumière naturelle. Le jour, le lieu respire. Le soir, l’éclairage intérieur prolonge cette ouverture et crée une relation sensible avec la rue et la terrasse.

Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Lumière naturelle et éclairage intérieur, luminaires en réemploi – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

Si l’éclairage naturel comme artificiel diffuse dans l’espace intérieur un sentiment d’apaisement, l’essentiel est ailleurs : ici, la lumière ne cherche pas à masquer le temps. Elle choisit au contraire de l’accompagner, de le rendre visible, presque palpable.

Des luminaires industriels de réemploi venus de Roubaix

Pour compléter le dispositif, l’agence s’est tournée vers le magasin Le Parpaing. Dans le catalogue printemps 2024 de la plateforme figurent plusieurs éléments de seconde main, dont un « luminaire industriel ». D’autres pièces y sont également recensées, comme :

  • une coque de tribune,
  • une enseigne de café,
  • une grille de séparation,
  • des panneaux industriels.
Remploi des luminaires – Comptoir de matériaux de réemploi à Roubaix – extrait de la revue catalogue n°01, printemps 2024, page 15 © Association Le Parpaign – Graphiste Théo Poyer
Réemploi des luminaires – Comptoir de matériaux de réemploi à Roubaix – extrait de la revue catalogue n°01, printemps 2024, page 16-17 © Association Le Parpaign – Graphiste Théo Poyer

Chaque objet est identifié, documenté, rattaché à une provenance. Presque comme un montage affectif, cette logique transforme le chantier en travail de composition. Les luminaires réemployés prennent place dans :

  • la galerie,
  • la cantine,
  • les circulations.

Leur force tient précisément à leur hétérogénéité : aucune perfection standardisée, mais une présence, une épaisseur, une vie antérieure qui affleure encore.

Luminaires et objets en réemploi, photo in-situ – Atelier des jardiniers, Montrouge, France Architecte et dessin © Septembre architecture

Le réemploi des luminaires donne aussi corps à une idée simple et puissante : prolonger l’énergie grise contenue dans les objets déjà fabriqués. Autrement dit, éviter qu’ils ne deviennent des déchets alors qu’ils peuvent encore servir, éclairer, émouvoir.

Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Lumière naturelle et éclairage intérieur, luminaires en réemploi – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

 

Innovation moins technologique que culturelle

Au sens technique du terme, cette réalisation ne met pas en avant une innovation spectaculaire. Elle ne revendique ni système sophistiqué ni performance lumineuse démonstrative. Et c’est peut-être ce qui la rend si forte.

L’innovation réside ici dans une preuve concrète : un lieu culturel public peut rayonner avec des objets sauvés, réparés, puis réinstallés.

Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Lumière naturelle et éclairage intérieur, luminaires en réemploi – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

Cette approche n’efface pas les difficultés. Le réemploi suppose :

  • une hétérogénéité des pièces,
  • la gestion des questions d’assurance,
  • un travail de caractérisation technique,
  • une adaptation fine au projet architectural.

Mais L’Atelier des jardiniers montre que ces obstacles peuvent être levés. Patiemment. Objet par objet. Luminaire par luminaire.

Inauguration placée sous le signe des recommencements

L’exposition inaugurale, NO FUTURE, comme disaient les punks, a réuni onze artistes du 27 avril au 21 juillet 2024. Le symbole est fort. Dans un lieu bâti sur le réemploi, l’art interroge à son tour les fins, les ruines et les renaissances. Ici, rien n’est totalement neuf, et pourtant, tout recommence.

Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Lumière naturelle et éclairage intérieur, luminaires en réemploi – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

En bref, la lumière de L’Atelier des jardiniers n’éclaire pas les murs. Elle ranime un passé industriel. Elle accompagne une ambition écologique. Elle offre au quartier un lieu de partage profondément humain. À Montrouge, les hélices ont disparu, mais quelque chose de leur élan demeure : une façon obstinée de faire voler de nouveau ce qui semblait condamné au silence.

Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Lumière naturelle et éclairage intérieur, luminaires en réemploi – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

Trois architectes, trois horizons, une même ambition

Memia Belkaid

Venue de Tunisie et formée aussi en France, Memia Belkaid construit un parcours entre architecture, urbanisme et stratégie territoriale. Diplômée de l’ENSA Paris-La Villette et de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle allie vision urbaine et expérience de terrain. Avant de cofonder Septembre architecture en 2010, elle travaille en conception, en études et en suivi de projets, puis se spécialise dans la programmation et la prospective urbaine. Un profil complet, tourné vers la ville de demain.

Sami Aloulou

Lui aussi formé entre la Tunisie et la France, Sami Aloulou incarne un regard croisé sur l’architecture et la fabrique urbaine. Architecte et urbaniste, il complète son parcours par un master en programmation architecturale et urbaine. Son expérience en agences parisiennes le mène de la conception au suivi de chantier, avec une attention particulière aux projets culturels et aux stratégies urbaines de grande échelle. Cofondateur de Septembre architecture, il défend une approche ouverte et ambitieuse de la ville.

Lina Lagerström

Originaire de Suède, Lina Lagerström apporte une dimension résolument internationale à l’équipe. Formée au Royal Institute of Technology de Stockholm, avec un échange à Paris-La Villette, elle développe son expérience entre l’Europe, l’Asie et l’Amérique. À Paris puis à Tokyo, elle travaille sur des projets variés, des équipements culturels aux maisons privées. En cofondant Septembre architecture, elle contribue à faire émerger une agence portée par la diversité des regards et des expériences.

 

 

Approfondir le sujet

Photo en tête de l’article : Atelier des jardiniers, tiers-lieu culturel, Montrouge, France – Lumière naturelle et éclairage intérieur, luminaires en réemploi – Architecte Septembre architecture © Giaime Meloni

Équipe du projet

Maîtrise d'ouvrage Les Jardiniers SA — Mairie de Montrouge — Association CAID
Architecte Septembre architecture — Memia Belkaid — Sami Aloulou — Lina Lagerström
Directeur Adrien van Melle – Nehama
Directeur artistique Fabrice Hyber — Christophe Vix-Gras
Commissaire d'exposition Adrien van Melle – Nehama — Henri van Melle — Titi M. Cerina
Matériel d'éclairage Plateforme Le Parpaing
Gestion de projet bâtiment La Galerie — L’Atelier des jardiniers

Lieu

  • L’Atelier des jardiniers
  • Montrouge, France

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Fondateur de l'agence de relations publiques LZL Services depuis 2023. Son thème : la lumière et l’éclairage. Rédacteur en chef et éditeur du portail français n°1 Light ZOOM Lumière depuis 2012. Architecte diplômé de l’École nationale supérieure d’architecture de Nantes. Éclairagiste urbain de 1997 à 2013 en Europe. Auteur de huit ouvrages de référence sur la ville, le bâtiment et le millénaire. Enseignant sur l'histoire de la conception lumière à l’ENSA Nantes et à l'éclairage dans l'art contemporain à l’ENSATT Lyon.
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