Brice Schneider, la conception lumière à l’international
La belle carrière de Brice Schneider s’étend de l’Europe à l’Asie. 20 ans d’expérience de Milan à Singapour, de Bruxelles à Dubaï, pendant lesquels il a fréquenté cinq agences de conception lumière. Actuellement Design Director chez Nulty Lighting, quel est le parcours de cet européen d’origine, passionné d’ombre et de lumière ? Suivons sa trajectoire à travers sa formation, ses expériences personnelles et sa pratique actuelle de l’éclairage architectural.
Quel est ton parcours européen de formation ?
Brice Schneider : Mon parcours est européen par essence. Je suis né en Italie, de parents franco-allemands. Très jeune, à Milan, j’ai expérimenté la lumière de manière instinctive ; une première brûlure, une leçon un peu trop concrète. Avec le recul, cette expérience s’est probablement inscrite dans mon inconscient.
Nous avons ensuite vécu à Varèse, où j’ai grandi et étudié à l’École européenne, dans la région des lacs. Depuis la maison familiale, la vue s’ouvrait sur le lac de Varèse et le mont Rose, avec ses teintes changeantes au coucher du soleil.

Mon parcours s’est construit très tôt dans le monde de l’image, devenu un langage commun face aux différentes langues auxquelles j’ai été exposé. Grâce à l’enthousiasme et au goût de la découverte de mon père, nous voyagions souvent en famille, découvrant très tôt d’autres pays et paysages. Ma mère, qui peignait, m’a initié très jeune à la peinture et m’a présenté au peintre Silvio Monti, contribuant à former mon regard.

J’ai également été introduit très jeune à la culture italienne, dans le contexte du boom économique, où le design, l’architecture, le cinéma et les arts dialoguaient intensément.
Nous avons ensuite déménagé en Allemagne, où j’ai passé un baccalauréat français en sciences économiques et sociales, découvrant une lumière du nord très différente de celle du lac et de ses tonalités pastel, liée à d’autres latitudes.
Quelles études secondaires as-tu suivies ?
Brice Schneider : J’ai poursuivi mes études à Milan, à l’Institut européen de design.
Avant même la fin de mon cursus, j’ai eu l’opportunité de vivre une première expérience déterminante en Suisse, lors d’un stage chez Vitra, à Birsfelden, près de Bâle. Cette immersion m’a permis de découvrir un univers que je qualifierais de plus architectural, à travers le Vitra Campus, et m’a offert une vision très large du design, à la croisée de l’architecture et de l’objet.

Avec ton diplôme en poche, que s’est-il passé ensuite ?
Brice Schneider : Après un diplôme en design industriel, pour finaliser mon parcours, j’ai eu l’occasion de développer une thèse expérimentale sous la forme d’une installation consacrée à la vie de Peggy Guggenheim, intitulée Peggy & Beyond. Le projet a été réalisé au musée Peggy Guggenheim Collection à Venise, dans l’espace dédié aux expositions temporaires.
Cette recherche était déjà largement tournée vers l’immatériel, et donc, d’une certaine manière, vers la lumière, envisagée non pas comme un simple outil fonctionnel, mais comme un médium sensible capable de raconter, de suggérer et de structurer une expérience.
C’est également durant ces années d’études qu’un moment marquant a profondément influencé ma manière de penser l’image et la lumière : j’ai assisté, dans l’amphithéâtre de l’institut, à une présentation du livre Colori de Francesco Storaro.

J’y ai découvert que les images de films, profondément ancrées dans ma mémoire d’enfance, étaient le fruit d’un travail rigoureux relevant d’une discipline à part entière : la cinématographie. Storaro y abordait la lumière, la couleur et la composition comme un véritable langage narratif.
Grâce à ma sœur, j’ai pu retourner à Varèse et travailler au studio Blumer. C’est dans ce contexte que je me suis retrouvé impliqué sur l’un des chantiers les plus significatifs de Milan : la rénovation de La Scala par Mario Botta. Aux côtés de Riccardo Blumer, ancien collaborateur du studio Botta, nous intervenions notamment sur des espaces privés liés au maestro Riccardo Muti. C’est aussi à ce moment-là que je me suis senti davantage attiré par la création d’espaces que par celle d’objets.
Comment ta formation à la conception lumière s’est-elle passée ?
Brice Schneider : J’ai ensuite repris mes études avec un master en lighting design, toujours à l’Institut européen de design, où mon double rôle d’étudiant et de tuteur a été accepté.
La plupart des enseignants du master venaient du monde professionnel de la lumière ou de l’événementiel. Le programme était dense, exigeant, et dirigé par Francesco Murano, coordinateur du master.
En parallèle de mes études, j’aidais des étudiants étrangers venus d’Amérique du Sud, d’Indonésie ou d’Inde, qui suivaient exactement les mêmes cours que moi. Mon rôle consistait à les accompagner dans leur intégration et à traduire les cours en simultané.

Ce n’était pas toujours évident, surtout lorsqu’il fallait apprendre de nouveaux concepts tout en les transmettant dans une autre langue. Je terminais souvent les journées complètement vidé.
Durant les périodes de vacances d’été, pendant le master, j’ai également assisté l’artiste Marinella Pirelli, une expérience marquante qui m’a exposé à une approche expérimentale et perceptive de la lumière, à la frontière entre art, projection et mouvement.
Il y a aussi la villa Panza, qui se trouve à Varese, que nous avons visitée avec le master IED. Elle était très intéressante par exemple : le Sky Space I de James Turrell ou les œuvres de Dan Flawin.
Comment ce master en Lighting Design s’organisait-il ?
Brice Schneider : Le programme était structuré autour de trois modules complémentaires.
- Le premier, intitulé « Flat Light », proposait une approche expérimentale à partir d’un effet lumineux précis, à traduire dans un objet ou une installation.
- Le deuxième nous emmenait sur un projet d’intérieur, développé dans un lieu patrimonial : la Villa Litta de Lainate.
- Enfin, le dernier module portait sur un projet d’extérieur, sous la direction de Louis Clair.
Chacun de ces projets s’inscrivait dans un cadre réel, avec un client impliqué dans la revue finale aux côtés des enseignants.
Par la pratique, cette approche était intense, mais équilibrée, entre des cours théoriques et techniques.
C’est cette exigence entre conception, application directe et critique collective, qui a donné au programme toute sa richesse.
Comment as-tu trouvé ton premier job chez un concepteur lumière ?
Brice Schneider : À cette époque, il n’était vraiment pas facile de trouver un poste chez un concepteur lumière. L’information circulait peu, il n’y avait pas les mêmes outils qu’aujourd’hui, et le milieu restait assez confidentiel. Il fallait sortir, rencontrer, s’exposer.
Je me suis donc rendu à la foire Euroluce à Milan, où j’ai assisté à un forum et rencontré Alison Ritter, c’est là que j’ai assisté à mes premières conférences.
J’ai ensuite participé à plusieurs workshops organisés par l’ELDA, qui deviendra ensuite l’association PLDA.

En parallèle, j’ai aussi pris part au workshop indépendant de La Sfacciata, où j’ai rencontré Roger Narboni ; un moment marquant pour moi.
Plus tard, lors du Light on Site, j’ai eu l’occasion d’échanger avec Jonathan Speirs.
Ces expériences m’ont permis de créer des liens forts dans le milieu. Et c’est lors d’un workshop à Birmingham que j’ai fait la rencontre de Francesco Iannone et Serena Tellini.
Je leur ai envoyé mon portfolio peu après… et c’est ainsi que j’ai obtenu mon premier poste chez Consuline, à Milan.
Que t’a apporté ce workshop ELDA de Birmingham ?
Brice Schneider : C’est l’un des workshops les plus marquants auxquels j’ai participé.
À l’époque, la ville de Birmingham était en pleine mutation et cela nourrissait de nombreuses conférences sur la transformation urbaine, l’architecture et la place de la lumière dans tout ça.
On parlait beaucoup du Bullring, de sa modernité, de la façon dont l’éclairage pouvait accompagner ces changements. Cela a lancé une dynamique très forte autour du Lighting Design, avec une série de workshops rassemblant des concepteurs lumière renommés et des responsables de studios importants.

Pendant ce premier workshop ELDA au Royaume-Uni, j’ai senti que j’étais à ma place. Je me suis surpris à déployer une grande énergie, à réfléchir très vite pendant les phases d’installation, à nourrir le projet de nouvelles idées presque spontanément.
C’est sans aucun doute là que je me suis dit : « C’est ça ma voie. »
Quelle expérience gardes-tu de l’éclairage d’exposition en Italie ?
Brice Schneider : J’ai eu la chance d’évoluer pendant près de trois ans au sein de l’agence Consuline, aux côtés de Francesco Iannone et Serena Tellini. Ce fut une période d’une grande richesse, tant sur le plan technique qu’humain. J’ai pu y contribuer à plusieurs projets marquants, dont trois expositions majeures et un parcours muséal permanent, qui ont profondément influencé ma manière d’aborder la lumière.
La première grande exposition s’est tenue en 2008 aux Scuderie del Quirinale, à Rome, un musée placé sous la présidence de la République italienne. Elle rendait hommage au peintre Giovanni Bellini, et nous y avons mis en œuvre une approche entièrement en LED, encore émergente à l’époque. Cette démarche pionnière allait ensuite évoluer et être formalisée sous le nom de « Metodo Monza ».
Parallèlement à ces expériences muséographiques, j’ai aussi eu la possibilité d’intervenir sur des projets de plus grande échelle : la conception lumière du centre culturel LAC à Lugano, un masterplan pour les Jeux olympiques de Pékin, ou encore des ponts transfrontaliers entre Shenzhen et Hong Kong.
J’ai également collaboré à la création de luminaires sur mesure dont la collection s’intitulait Four Seasons, avec Prisma. Il s’agissait d’une gamme innovante conçue pour l’illumination des parcs et des espaces verts, explorant une approche novatrice de l’éclairage par les ombres.

Cette diversité de contextes et d’échelles m’a permis de développer une approche plus complète, allant de l’objet à la ville, avec une attention constante à la perception humaine et aux cultures locales.
Avec le recul, je suis profondément reconnaissant pour cette période. Elle m’a offert une expérience directe et incarnée de la lumière, dans toutes ses dimensions : émotionnelle, technique, culturelle, narrative. Et surtout, elle m’a appris à écouter : les lieux, les œuvres, les gens, pour construire des réponses sensibles, cohérentes et contextuelles.

Que s’est-il passé ensuite ?
Brice Schneider : À la fin de mon contrat de projet, un format courant à l’époque en Italie et non renouvelable, je me suis retrouvé à un moment charnière. Je ne me sentais pas encore prêt à me lancer à mon compte à 27 ans. J’avais encore besoin d’apprendre, de découvrir d’autres façons de faire, dans d’autres contextes culturels. L’envie de tenter ma chance dans le nord de l’Europe s’est imposée naturellement, avec aussi le souhait de mettre à profit mes langues dans un environnement plus international.
Avant de franchir ce cap, j’ai décidé de participer à un deuxième workshop PLDA, en Norvège, à Notodden, en plein hiver. C’était ma première immersion dans un cadre aussi extrême, –20 °C, sous la neige, avec une lumière naturelle très particulière, très éloignée de celle que j’avais connue jusqu’alors.

Avec l’équipe, nous avons développé une narration inspirée des contes scandinaves, peuplés de trolls, d’ogres et de créatures archaïques, enracinées dans une relation presque brutale avec la nature. Ce récit, nourri de mythologie nordique, nous a amenés à porter un regard très différent sur les éléments naturels, contrastant fortement avec une approche plus douce ou romantique que l’on retrouve souvent dans les cultures du Sud.

Ce workshop a été pour moi une expérience à la fois technique, poétique et profondément culturelle. Il m’a rappelé à quel point la lumière n’est jamais neutre : elle est porteuse de récits, de mémoires, de climats et d’émotions locales.
Comment es-tu entré chez Light Cibles ?
Brice Schneider : J’avais envoyé mon CV et mon portfolio à l’agence Light Cibles à Paris, sans trop savoir ce que cela allait donner. Peu de temps après, Louis Clair m’a répondu avec beaucoup d’enthousiasme : « Brice, c’est merveilleux… mais le poste est à Singapour ! »
Sur le moment, j’ai été surpris, je ne m’y attendais pas du tout. J’ai accepté, en me demandant sincèrement si j’étais prêt à gérer seul un projet à l’autre bout du monde. Mais très vite, je me suis dit : « Pourquoi pas ? », et je suis parti.
À mon arrivée à Singapour, le bureau était encore jeune, en pleine structuration. La majorité de l’équipe était mobilisée sur deux projets phares : Universal Studios et Resorts World Sentosa. Je me suis donc retrouvé à gérer tout le reste, ce qui m’a permis d’être immédiatement plongé dans des projets majeurs, comme le Fullerton Heritage, Orchard Central, South Beach, ou encore le nouveau stade national de Singapour.

C’était un saut dans l’inconnu, mais aussi un formidable accélérateur. J’ai dû apprendre très vite, faire confiance à mon instinct, et plonger dans un contexte culturel, climatique et urbain totalement différent.

Qu’as-tu réalisé durant cette expérience à Singapour ?
Brice Schneider : J’ai passé près de sept ans en Asie, entre 2009 et 2016, une période incroyablement dense et formatrice. Elle m’a permis de consolider et d’approfondir mes compétences sur des projets d’envergure, parfois d’une complexité impressionnante.

L’un de mes premiers projets fut le Fullerton Hotel à Singapour. Ce fut un moment un peu surréaliste : ce bâtiment emblématique figurait dans nos manuels de master… et quelques années plus tard, me voilà de l’autre côté du globe, chargé d’en rééclairer les ailes principales, à la demande du client.


Au-delà de Singapour, j’ai aussi travaillé sur des projets régionaux : par exemple l’Arena à Dubaï, ou encore l’extension du Kuala Lumpur City Centre (KLCC), à côté des tours Petronas, avec les équipes de Pelli Clarke & Partners.

Cette période m’a confronté à une nouvelle échelle de projets, à des conditions climatiques et réglementaires très différentes, et surtout à des rythmes de développement accélérés. Elle m’a permis de mieux comprendre les enjeux d’adaptabilité, de coordination à grande échelle, et la nécessité de rester précis dans les décisions. Ce n’était pas seulement la taille ou la complexité des projets, mais aussi le contexte : pour beaucoup d’acteurs, d’ingénieurs, de constructeurs, de promoteurs, c’était parfois une première expérience de ce type. Il a donc fallu avancer ensemble, ajuster les méthodes au fur et à mesure, résoudre des imprévus sur le terrain, et faire évoluer les pratiques dans l’action.

A suivre…
Trajectoire dans la conception lumière, de Bruxelles à Dubaï
Photo en tête de l’article : Brice Schneider – portrait – photo © thestudiodubai
Reportage sponsorisé par Aubrilam
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