Cité Internationale de la Langue Française en lumière par 8’18’’
Le château de Villers-Cotterêts incarne aujourd’hui un projet culturel audacieux. Avec sa Cité Internationale de la Langue Française inaugurée fin 2023, il est résolument tourné vers l’avenir et la mise en valeur des patrimoines. Sa restauration et sa scénographie lumineuse de Projectiles révèlent la beauté de l’architecture renaissance. Elle offre au public un espace interactif, vivant et ouvert à la diversité des langues et des cultures. La conception lumière, signée 8’18’’, apporte un design enrichissant et une élégante modernité à l’ensemble. Elle transforme la visite en expérience sensible qui incarne le renouveau du château et la vitalité du Français. En bref, ce projet illustre comment patrimoine et technologie peuvent s’allier pour ouvrir de nouveaux horizons. Ils font de Villers-Cotterêts le symbole de l’hospitalité et de l’échange, à la croisée de l’histoire et de la création. Je vous propose de partir à la découverte de cette rénovation d’ampleur et de sa scénographie lumière. Bonne visite !
Cité Internationale de la Langue Française en lumière
- Château de Villers-Cotterêts : un monument réhabilité
- Cité Internationale de la Langue Française
- Conception lumière : Intentions, narration et défis
- Parcours permanent et scénographie lumière
- Cour du Jeu de Paume et « ciel lexical » lumineux
- Techniques d’éclairage et innovations
- Commandes d’éclairage et scénarios
- Approfondir le sujet
- Commentaires

Château de Villers-Cotterêts : un monument réhabilité
Dans l’Aisne, le château Villers-Cotterêts possède une histoire fascinante et singulière. Il fut construit entre 1532 et 1556 sous le roi François Ier. Promulguant alors l’usage du français dans tous les documents officiels, c’est ici qu’il signa en 1539 cette fameuse ordonnance. Ce geste fondateur fit du château un lieu symbolique pour la langue française.

Après avoir été la résidence royale, le bâtiment traversa les siècles, devenant tour à tour asile, dépôt de mendicité, puis maison de retraite. Longtemps laissé à l’abandon, à l’initiative du Président Emmanuel Macron, il a retrouvé un nouveau souffle en 2018 grâce à une ambitieuse opération de restauration lancée par le Centre des Monuments Nationaux – CMN.
Aujourd’hui, avec ses 23 000 m² du domaine, le château se distingue avec 5 000 m² dédiés au Logis royal. La transformation ne se contente pas de restaurer. En résumé, elle réinvente les lieux pour en faire le cœur battant de la Cité Internationale de la Langue Française.
Cité Internationale de la Langue Française
La conception architecturale et la lumière ont été confiées à :
- Olivier Weets, architecte en chef des Monuments historiques,
- Atelier Projectiles, architecte et scénographe des aménagements intérieurs,
- 8’18’’, concepteurs lumière et plasticiens.
Ensemble, ils ont créé un espace ouvert, traversant, accessible à tous, où patrimoine et modernité dialoguent. Le réaménagement comprend un :
- parcours d’exposition permanent sur 1 200 m²,
- auditorium modulable de 250 places,
- librairie et café,
- des ateliers pédagogiques,
- des espaces mixtes destinés aux artistes et aux chercheurs.

« La langue est vivante et le projet architectural l’accompagne ».
Hervé Bouttet, scénographe et architecte d’intérieur, associé fondateur, Projectiles
Transformée en une agora lumineuse et conviviale, la place centrale est occupée par la cour du Jeu de Paume. Elle est surplombée par une verrière et ponctuée par le « ciel lexical ». Voici une installation originale composée de 89 mots sélectionnés avec la population locale. Une illustration de l’ambition participative et collective du projet.
Conception lumière : Intentions, narration et défis
Imaginée par l’agence 8’18’’, la mise en lumière du château s’inscrit dans une démarche résolument contemporaine et respectueuse du patrimoine. Le défi principal consistait à concilier la valorisation du monument historique, la narration muséographique et l’intégration des usages modernes de l’accueil du public.

« Le projet lumière a été imaginé comme un alphabet de lumière, support d’une narration. Littéralement d’abord, grâce aux lettres lumineuses qui composent le ciel lexical de la cour du Jeu de Paume. Mais aussi comme une métaphore, en travaillant des sources qui sculptent, guident ou accentuent et qui composent un tout cohérent et signifiant.
Des solives et des chandeliers techniques pour la muséographie, des bougies pour la grande allée de la cour des offices et la façade Sud du Logis Royal, un lustre évoquant un analème pour la Galerie, une voûte abstraite pour la Chapelle… »
Rémy Cimadevilla, concepteur lumière, directeur général et associé, 8’18’’
Sculptant les volumes, les installations lumineuses deviennent ainsi une métaphore de la langue. Elles guident le visiteur tout en accentuant les détails architecturaux et muséographiques. La lumière se fait l’instrument de médiation. Elle accompagne la découverte. Elle suscite l’émotion. Elle crée des ambiances et des séquences riches et variées.

L’équipe de maîtrise d’œuvre a dû relever des défis techniques majeurs :
- assurer le respect des œuvres et des matériaux,
- prendre en compte les besoins de conservation,
- gérer la consommation énergétique,
- intégrer les équipements à l’histoire séculaire des lieux, sans les dénaturer.

Le résultat est à la hauteur des ambitions. Il offre aux visiteurs une expérience immersive, chaleureuse et innovante dans ce lieu d’échanges des savoirs. Comme l’a rappelé le président Emmanuel Macron lors de l’inauguration le 30 octobre 2023 à Villers-Cotterêts :
« C’est bien une cité et non pas un musée. Chacun doit s’y sentir chez lui. »
Emmanuel Macron, président de la République, France

Parcours permanent et scénographie lumière
Dans ce lieu chargé d’histoire, l’exposition permanente de la Cité Internationale de la Langue Française propose une immersion sensorielle au cœur de la francophonie et de son évolution. A travers quinze salles thématiques, elle est orchestrée par l’agence Projectiles dans 1 200 m² du Château de Villers-Cotterêts.
Ensuite, la visite s’organise en quatre grandes parties :
- Voyage dans le monde francophone,
- Invention continue de la langue française,
- Rapport au pouvoir politique, une affaire d’État,
- Liens entre langue française et arts dans le contexte de la renaissance.
Lumières intégrées : bibliothèque magique
Les lumières intégrées par 8’18’’ mettent en valeur matériaux et contenus. Elle façonne certains meubles et vitrines, créant des effets de matière et de contraste saisissants. En résumé, elle guide subtilement le regard des visiteurs.

Parmi les œuvres phares, la « bibliothèque magique » attire tous les regards. En son cœur, elle possède un espace numérique interactif. Véritable cabinet de curiosités, cette installation monumentale expose de 2000 livres issus de toute la francophonie. Certains dos de livres sont lumineux.

Lumières suspendues : mots, cloches sonores et pages
Entre le plafond et le visiteur, plusieurs lumières suspendues de signalétique lumineuse apportent une touche décorative au parcours.
Dans la salle dédiée au jeu, le visiteur est plongé dans un univers de lettres du sol au plafond. Un immense mot mêlé en trois dimensions invite à découvrir des mots depuis l’espace central. Elles ont été réalisées par le néoniste Trois Lumières Blanches. Numériques ou mécaniques, selon les envies, six types de jeux sont accessibles pour un à quatre joueurs.

Au centre de la salle des enjeux contemporains, un lustre volumineux de l’agenceur Sequoia suspend des pages qui s’égrènent. L’éclairage zénithal combiné à la lumière naturelle, elle met en valeur un texte constitutionnel entouré d’anglicismes. Un miroir présente la diversité linguistique européenne traduisant le slogan dans toutes les langues officielles.

Dans une salle dédiée à la pluralité linguistique, soixante-douze suspentes lumineuses diffusent des couleurs acidulées. Elles émettent aussi des enregistrements des langues régionales françaises officielles et affichent leur répartition. Comme pour les tranches de la « Bibliothèque magique », il s’agit d’une fabrication sur mesure de l’installateur Satelec » précise Salomé Loyer, responsable projet senior de 8’18’’.

Cour du Jeu de Paume et « ciel lexical » lumineux
Le parcours est pensé comme une aventure à vivre. Dès l’entrée, la cour du Jeu de Paume révèle un « ciel lexical » lumineux : 89 mots suspendus, composés lors d’ateliers citoyens, plongent le visiteur dans la richesse et la diversité linguistiques.

Suspendus à une impressionnante verrière de 17 x 33 m, les ensembles de mots et des lettres sont fixés à des profils métalliques. De jour, avec les rayons du soleil, ils créent des ombres portées. La langue se projette en négatif et investit réellement le cœur de la Cité.

Le fabricant de signalétique et d’enseigne sur-mesure Boscher a réalisé ce ciel lexical. Il est composé de 110 mots et 797 lettres lumineuses en aluminium perforé et anodisé. Les réglages d’alignement sont effectués par rotules de chaque côté des perches.

De nuit, ces mots sont rétro-éclairés avec des LED. Telle une installation lumineuse artistique, la lumière nocturne donne un charme particulier à l’agora du Jeu de Paume. Il peut s’animer selon la programmation, mettant en avant différents mots ou phrases pour accompagner un événement ou un moment fort. Ces scénarios lumineux amplifient la dimension poétique et participative du projet.

Techniques d’éclairage et innovations
La conception lumière associe haute technologie et sensibilité artistique. Toutes les sources utilisées assurent une lumière douce et respectueuse des œuvres. Leurs caractéristiques principales sont :
- Éclairage à LED généralisé des tous les matériels d’éclairage,
- Rendement supérieur à 100 lm/W,
- Teinte chaude de température de couleur : 2700 à 3000 K
- Indice de rendu des couleurs élevé : IRC > 90 voir supérieur à 95 en muséographie.
À l’extérieur, l’entrée est soulignée par la restauration de lanternes d’époque à verre coloré. Elles invitent le visiteur à pénétrer dans l’univers du château. Composé de bornes ultra-basse de chez DGA, un « chemin de bougies » structure la traversée nocturne jusqu’à la façade sud du Logis Royal. Elle est subtilement mise en valeur par un jeu d’éclairages « un fond comme un lavis pour les volumes, subtilement rehaussé d’accents sur les détails et reliefs remarquables et d’accents directionnels sur les reliefs architecturaux » précise Rémy Cimadevilla. Des projecteurs WE-EF et Luce & Light sont mis en œuvre pour ces éclairages du patrimoine.

À l’intérieur, le principe du profilé aluminium sous les solives permet d’intégrer discrètement rails et projecteurs orientables DALI de chez XAL. Elle préserve ainsi l’unité visuelle des salles avec des plafonds à la française.

Les faisceaux sont modulés selon les besoins. Des ouvertures serrées pour les objets. Plus larges pour les ambiances de salle. Les luminaires sont souvent invisibles, garantissant un confort visuel optimal pour les visiteurs.

Chaque dispositif d’éclairage a été pensé pour dialoguer avec le contenu scénographique : accentuations sur les objets, ambiances tamisées, effets de matière et guidage spatial. Les vitrines sont équipées d’un éclairage de chez ATEA.

Les espaces nobles et la cour se parent de torchères modulables, de 75 cm à plus de 6 m de hauteur, dessinées par 8’18’’ et réalisées par Sécante. Elles éclairent les volumes avec élégance et cohérence.


La chapelle et sa galerie bénéficient d’un traitement singulier : un contraste entre vide et plein. Dans la galerie, un lustre monumental Lucien Gau en forme de ruban de verre est inspiré de celui du Château de Fontainebleau.

Signée Projectiles et repensé avec l’agence 8’18’’ pour la Cité, il attire immédiatement le regard. Dans la chapelle, un plafond éclairé de façon indirecte crée une atmosphère légère et lumineuse, comme un ciel invisible.


Commandes d’éclairage et scénarios
Le projet lumière est piloté par un système centralisé de gestion DALI, permettant de programmer des séquences lumineuses différentes selon les moments de la journée, la fréquentation ou les événements. Mise en oeuvre par Lumières Utiles, cette flexibilité est essentielle dans un espace public vivant, où conférences, ateliers, lectures, spectacles et visites se succèdent.

Chaque espace bénéficie de sa propre atmosphère lumineuse : lumière diffuse et chaleureuse dans les zones d’accueil, ambiances plus intimes et précises dans les salles de muséographie, variations dynamiques lors des animations ou scénographies temporaires. Les projecteurs et rails sont orientés selon les besoins.

Au rythme du parcours, les scénarios de lumière adaptent la narration. Les lustres et les suspensions peuvent varier d’intensité. Dans chaque pièce, la lumière est synchronisée avec le son, la vidéo projection et les dispositifs interactifs pour renforcer l’immersion du visiteur dans l’expérience proposée.

L’innovation se remarque également dans la gestion intelligente de l’éclairage : détection de présence, asservissement à la lumière naturelle, scénarios évolutifs jour/nuit, niveaux d’éclairement adaptés à la conservation des œuvres, matériaux recyclables et limitation de substances dangereuses. L’ensemble du dispositif respecte un engagement HQE et une démarche responsable.

Les commandes d’éclairage sont conçues pour garantir le confort des usagers, l’accessibilité et la sécurité : éclairage d’évacuation, éclairage de sécurité, liaison avec la lumière naturelle, gestion des niveaux d’éclairement, tout a été pensé dans une logique d’optimisation et de flexibilité pour s’adapter à tous les usages du lieu.

Approfondir le sujet
- Musée savoisien de Chambéry : une renaissance lumineuse
- Cité de la Culture de Galice, Saint-Jacques-de-Compostelle
- Musée Dobrée, des plafonds lumineux réinventés
Photo en tête de l’article : Cité Internationale Langue Française, Villers-Cotterets, France – Cour Jeu Paume, ciel lexical lumineux, nuit – Architecte scénographe Projectiles – Concepteur lumière 8’18’’ © Sébastien Véronèse
Équipe du projet
Lieu
- Cité Internationale de la Langue Française
- Villers-Cotterêts, France
