Trajectoire dans la conception lumière, de Bruxelles à Dubaï
Après Singapour, le concepteur lumière Brice Schneider revient en Europe. Toujours avec une dimension internationale forte, il travaille alors pour ACT Lighting Design à Bruxelles, puis prend un poste de Design Director à Singapour chez Bo Steiber Lighting Design. À la fois créatif, stratégique et transversal, il est aujourd’hui Design Director chez Nulty Dubaï.
Comment s’est passé ton retour en Europe chez ACT Lighting Design ?
Brice Schneider : En 2016, les projets commençaient à ralentir à Singapour, et j’ai décidé de revenir en Europe. C’est à ce moment-là que j’ai rejoint l’équipe de Koert Vermeulen chez ACT Lighting Design, à Bruxelles.

Ce qui m’a attiré dans cette agence, c’est sa capacité à mêler lumière architecturale et scénographie événementielle, une hybridation entre les diciplines. Je l’avais déjà explorée à Singapour pour le South Beach, notamment à travers un interlude lumière et un son souhaité par le client, un moment suspendu dans l’espace public.
Chez ACTLD, j’ai rapidement été chargé de piloter un projet d’envergure à Erbil, au Kurdistan irakien. Le contexte était complexe : le site était vaste, le projet ambitieux, et la situation géopolitique très instable, le front avec Daesh n’était qu’à une cinquantaine de kilomètres. Les tensions entre les autorités kurdes et le gouvernement central compliquaient aussi la logistique, et il a fallu organiser l’acheminement du matériel via la Turquie, en pleine incertitude.
Dans un tel contexte, je me suis senti encore plus responsable vis-à-vis des équipes locales, des architectes, des ingénieurs, et de celles et ceux qui, malgré les difficultés, portaient le projet avec la conviction de construire un avenir pour leur région.
Le site se trouvait à deux pas d’un lieu historique habité depuis plus de 7 000 ans, ce qui ajoutait une dimension symbolique forte. J’ai alors ressenti le besoin de m’informer sur l’histoire et la culture kurdes, afin de proposer une narration lumière respectueuse, sensible aux racines du lieu et à sa mémoire.

Ce fut sans doute l’une des expériences les plus singulières et marquantes de mon parcours. Travailler dans un tel environnement m’a permis d’élargir encore ma compréhension du rôle de la lumière, non pas seulement comme outil de design, mais comme vecteur de résilience, d’identité et d’espoir.
Pourquoi es-tu revenu à Singapour chez Bo Steiber Lighting Design ?
Brice Schneider : Après avoir participé comme conférencier au PLDC de Singapour en 2018, Bo Steiber m’a proposé un poste de Design Director au sein de son équipe chez BSLD.
Cette opportunité professionnelle s’est également alignée avec ma vie personnelle. Elle m’a permis de rejoindre ma compagne, qui est aujourd’hui mon épouse. Elle aussi conceptrice lumière, elle était déjà installée à Singapour. C’est donc tout naturellement que j’ai décidé de repartir en Asie, à un moment charnière de ma trajectoire.
À mon arrivée, je me suis retrouvé face à des projets publics complexes, tout en devant gérer une période très particulière : la crise du covid, avec toutes ses incertitudes.

Malgré cela, cette étape a été extrêmement stimulante. J’ai eu la chance de piloter le premier écoresort de la région conçu selon une approche régénérative, intégrant le biophilic design de manière très approfondie. Cela a nécessité un travail de recherche poussé, notamment sur le développement de nouveaux outils permettant de préserver la faune tout en accompagnant les visiteurs vers une acceptation progressive de la nuit.
J’ai ainsi élaboré une stratégie lumineuse en « descrescendo », douce et enveloppante, visant à désamorcer la peur du noir. L’idée n’était pas de compenser l’obscurité, mais au contraire de l’apprivoiser, en orchestrant les contrastes et les seuils d’éclairage pour reconnecter le public à une expérience plus naturelle de la nuit.





Ce discours s’est prolongé sur d’autres projets d’envergure, comme le Founders Memorial Park, extension du Gardens by the Bay, appelé à devenir le nouveau centre symbolique de Singapour. Ce parc public et musée, en hommage aux fondateurs de la nation après la disparition de Lee Kuan Yew, incarne une vision durable et tournée vers l’avenir, avec une exigence forte : tous les projets doivent être à très basse consommation énergétique.





Dans ce contexte, j’ai pu approfondir un langage lumineux flou, tamisé, tacheté, inspiré des ambiances naturelles entre feuillage, clarté filtrée et scintillements. Une lumière moins frontale, plus perceptive que démonstrative, en accord avec les rythmes du vivant.
Aujourd’hui, quel est ton travail chez Nulty+ ?
Brice Schneider : C’est à l’initiative de Mark Vowles, Managing Director de Nulty à Dubaï, que le dialogue s’est amorcé. Il nous avait contactés à plusieurs reprises, convaincu que nous pourrions contribuer à une nouvelle phase du développement du studio dans la région. Après plusieurs échanges, Paul Nulty a partagé avec nous sa vision internationale pour le groupe, et c’est cette ambition, combinée à la liberté de penser autrement, qui nous a décidés à relever ce nouveau défi.
Nous avons donc fait le choix, avec ma compagne, de rejoindre le bureau de Dubaï, en pleine expansion. La région est aujourd’hui un véritable chantier à ciel ouvert, portée par une dynamique intense, notamment aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, dans le cadre de projets liés à l’Exposition universelle, à la Vision 2030 et à des événements internationaux d’envergure, comme la Coupe du monde.
Mon rôle en tant que Design Director chez Nulty Dubaï est à la fois créatif, stratégique et transversal. Il s’agit d’accompagner des projets très diversifiés, souvent complexes, dans des contextes culturels variés, tout en portant une attention particulière à la qualité de la lumière, à sa pertinence poétique et contextuelle, et à l’intelligence collective nécessaire à sa mise en œuvre.
Comment l’équipe de cette agence au Moyen-Orient se compose-t-elle ?
Brice Schneider : Le bureau que je dirige est basé à Dubaï, et il constitue aujourd’hui l’un des pôles clés de Nulty dans la région. Il est structuré autour de plusieurs équipes complémentaires : conception lumière, BIM, business development, mais aussi fonctions support, comme les ressources humaines, les appels d’offres ou la coordination commerciale.
Toute la production locale est développée en BIM, principalement sur Revit, ce qui implique une forte synergie entre les équipes de conception et l’équipe technique.
En termes de présence régionale, nous comptons aujourd’hui environ cinquante personnes à Dubaï, ainsi qu’un bureau à part entière en Inde, avec une quinzaine de collaborateurs. Les deux structures travaillent en étroite collaboration sur de nombreux projets dans la région.
Est-ce l’avantage d’une agence de conception lumière internationale ?
Brice Schneider : Oui, absolument. La conception lumière a beaucoup évolué. Elle ne se limite plus à un geste esthétique ajouté en fin de projet, mais s’intègre désormais très tôt dans les processus de conception. Souvent, cela se fait dans un contexte rapide, avec des délais serrés et une pression importante.
Dans ce cadre, travailler au sein d’un groupe international comme Nulty est un vrai atout. Les échanges constants entre nos bureaux, à Dubaï, à Londres, à Singapour, en Inde, en Thaïlande ou au Vietnam, nous permettent de confronter nos méthodes, de partager nos outils et d’apprendre les uns des autres. Ces collaborations nous aident à mieux répondre aux défis du quotidien : appels d’offres complexes, coordination interdisciplinaire, contraintes techniques.
Le bureau de Londres joue un rôle central dans cette dynamique. C’est un point de départ important, qui diffuse une base à l’ensemble du réseau.
Mais ce qui fait vraiment la différence, c’est notre agilité collective. Lorsqu’un bureau est confronté à un défi technique ou à un manque de ressources, une autre équipe peut rapidement prendre le relais. Cette capacité à réagir vite tout en gardant un haut niveau de qualité est précieuse, surtout dans une région aussi dynamique que le Moyen-Orient.
Comment le projet d’éclairage dans le monde se réalise-t-il ?
Brice Schneider : Globalement, la structure reste la même partout. Que ce soit en phase conceptuelle ou en phase avant-projet, les processus sont similaires, qu’il s’agisse de développement ou d’appels d’offres.
Bien sûr, il existe de légères différences selon les pays. Par exemple, la méthode RIBA, utilisée dans le monde anglo-saxon, présente quelques variations par rapport à d’autres cadres de travail. Mais dans l’ensemble, le métier reste identique : il s’agit toujours de concevoir, coordonner et développer des projets lumineux avec les mêmes exigences de qualité.
A suivre…
Brice Schneider, la conception lumière à l’international
Photo en tête de l’article : Mandai Rainforest Resort by Banyan Tree, hôtel luxe, Mandai Wildlife Reserve, Singapour – WOW Architects Pte Ltd, Warner Wong Pte Ltd – Concepteur lumière BSLD – avril 2025 © Aaron Pocock
Reportage sponsorisé par Aubrilam
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