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Stéréoscopia de Vincent Dupont, lumières depuis la scène

Hypnotique, profond et aérien. Interview de Arnaud Lavisse, créateur lumière du spectacle Stéréoscopia à la dernière Biennale de la danse de Lyon.
par Vincent Laganier24 janvier 2017

Stéréoscopia de Vincent Dupont a été représenté trois fois au Théâtre Nouvelle Génération – TNG – à Lyon. Sa création a eu lieu deux ans plus tôt au Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape (69) pour le réseau européen Bamboo. 

Comme à son habitude, la Biennale de la Danse de Lyon s’est installé dans plusieurs salles de spectacle de la Métropole. Le TNG est un lieu est bien adapté à Stéréoscopia :

  • le rapport scène-salle est frontal,
  • le public est placé sur les premiers rangs d’une tribune en gradins,
  • la jauge est de 120 à 135 spectateurs,
  • chaque spectateur est équipé d’un casque audio.

De plus, le TNG développe « un projet artistique tourné vers un théâtre des imaginaires, ouvert aux innovations scéniques qui s’aventurent aux frontières des autres disciplines » d’après son directeur et metteur en scène, Joris Mathieu. Quoi de plus naturel que d’avoir choisi cette salle de spectacle pour représenter Stéréoscopia à Lyon !

Comment est né Stéréoscopia avec le concepteur du projet ?

Arnaud Lavisse : la structure du projet « Stéréoscopia » a été imaginée par Vincent Dupont. Nous avons ensuite discuté des contraintes scénographiques et des alternatives possibles en termes de matières pour le mur.

Stéréoscopia, Concept et chorégraphie : Vincent Dupont – Création lumière : Arnaud Lavisse – Photo : Marc Domage

Quelles sont les composantes du dispositif scénique ?

AL : la scénographie se compose d’un mur de matelas gonflables en matière plastique blanc. Le mur ainsi constitué ferme l’espace scénique au lointain et aussi sur les côtés.

A la face, Vincent manipule des objets, juché sur un pont masqué par une frise sur toute l’ouverture dont le bas se trouve à 2,30 m du sol. L’ensemble compose une image type cinémascope et produit un fort contraste noir/blanc.

La discussion a été centrée sur les questions de transparence et d’opacité du « mur » et donc sur la nature de cette séparation. Il n’y a pas eu de ma part de remise en cause de la scénographie et de la  gestion de l’espace scénique.

Coupe transversale de la scène – Stéréoscopia, Concept et chorégraphie : Vincent Dupont – Création lumière et dessin : Arnaud Lavisse

En résumé, on notera que l’espace scénique est fermé au lointain, sur les côtés, et  cadré très bas à la face. Il n’y a que 3,5 m d’espace entre le cadre de scène et le mur de matelas du lointain.

De plus, l’utilisation de fils de manipulation dans cette espace n’autorise pas non plus l’implantation de latéraux hauts, sous peine de dévoiler les intentions.

Comment avez-vous travaillé la lumière dans cet espace ?

AL : on comprendra bien que je suis assez rapidement arrivé à la conclusion que la lumière devait principalement émaner de l’intérieur de l’espace scénique ainsi cadré. J’ai travaillé en considérant essentiellement les questions suivantes :

  • Comment éclairer les danseuses sans projeter des ombres brouillées disgracieuses sur les matelas blancs ?
  • Comment éclairer et faire vivre le mur du fond indépendamment du « traitement » des danseuses qui dansent devant ?
  • Comment introduire mouvements, couleurs et vibrations ?

Stéréoscopia, Concept et chorégraphie : Vincent Dupont – Création lumière : Arnaud Lavisse – Photo : Marc Domage

Le dispositif principal de l’éclairage est constitué de rubans LED blanc froid et couleur RGB. Elles sont intégrées à la scénographie, posées au sol à la face intérieure du cadre. Le mur de matelas est éclairé par l’arrière avec des cycliodes et en face par trois réflecteurs blancs éclairés par des PAR. Quelques PAR et un stroboscope complètent le dispositif.

L’omniprésence de matelas gonflables blancs a renforcé mon choix concernant  l’emploi des LED – lesquelles produisent une lumière « synthétique » qui s’accorde au rendu de la matière plastique.

Plan d’implatation lumière – Stéréoscopia, Concept et chorégraphie : Vincent Dupont – Création lumière et dessin : Arnaud Lavisse

Quelles sont vos sources d’inspiration en éclairage ?

AL : je travaille autour de formes contemporaines depuis plusieurs années, donc plutôt ce qui concerne l’art contemporain dans sa forme dansée.

Dans la première scène du spectacle, les deux danseurs sont assez énigmatiques. Ils jouent la même partition dans le même espace. Pourquoi avoir choisi cette atmosphère diffuse blanc froid, puis un éclairage qui devient plus rasant sur les matelas ?

AL : je n’ai pas travaillé à créer une atmosphère mais plutôt un contraste  de mouvements et de vibrations de nature différente. Au départ les danseuses sont cachées au sol derrière un bandeau. Elles en émergent peu à peu  et vont progressivement apparaître aux regards. Elles reçoivent un éclairage blanc froid LED venant du sol qui permet de révéler progressivement les formes en passant au préalable par du gris.

Stéréoscopia, Concept et chorégraphie : Vincent Dupont – Création lumière : Arnaud Lavisse – Photo : M Domage

Dans le même temps les matelas sont révélés par deux sources différentes « tuilées », l’une sur l’autre, ce qui crée un mouvement sur le mur – LED et réflecteurs au plafond.

Stéréoscopia, Concept et chorégraphie : Vincent Dupont – Création lumière : Arnaud Lavisse – Photo : J’y pense souvent

La quantité de lumière va augmenter progressivement et cette lumière blanche assez éblouissante va permettre d’introduire de la couleur verte en addition et en mouvement (apparition / disparition) à l’intérieur de la teinte blanche. Ceci annonce la prochaine apparition plus brute de la couleur cette fois.

En effet, changement complet d’atmosphère dans la deuxième scène du spectacle : rouge et vert primaire pour une expérience de la vision binoculaire, chaque danseuse joue de manière parallèle. Qu’est-ce que cela provoque ?

AL : la division de l’espace en deux couleurs est une proposition de Vincent. Chaque danseuse effectue le même mouvement avec un soupçon de décalage. Les inversions de couleur sont plutôt illustratives de ce principe.

Scène suivante, retour à un seul et même espace. Des ballons blancs immenses emplissent le volume. Comme par magie, ils sont en lévitation. Comment avez-vous changé la couleur de la boule au rouge lorsqu’elle remonte et disparaît dans les cintres ?

AL : j’ai placé des PAR en position latérale dans les cintres, c’est le mouvement de lumière qui colore le ballon à cet instant lorsque celui-ci rentre dans le faisceau du projecteur.

Stéréoscopia, Concept et chorégraphie : Vincent Dupont – Création lumière : Arnaud Lavisse – Photo : Marc Domage

Dernière scène, trois cônes métalliques descendent sur la hauteur de l’espace scénique. Une boule noire mat apparaît. Quelle atmosphère lumineuse avez-vous créée pour cette scène très contrastée avec le fond du décor?

AL : il s’agissait ici de brouiller les sens via couleur et mouvements – avec un mélange de chasers et flashs stroboscopiques – pour accompagner cette apparition de façon très mécanique. Cette partie du spectacle peut être perçue comme une apparition angoissante, elle se dissipe peu à peu et on retrouve peu à peu une tonalité plus normale.

Quelle est pour vous la lumière idéale sur une scène ?

AL : lorsque l’on a l’impression d’une certaine justesse, du bon endroit, que quelque chose a trouvé sa juste place.

Équipe artistique

Chorégraphe Vincent Dupont
Danseurs Ariane Guitton Aline Landreau
Scénographe Vincent Dupont Sylvain Giraudeau Marc Chevillon
Créateur lumière Arnaud Lavisse
Musique Maxime Fabre
Voix Valérie Joly
Costumes Eric Martin Morgane Dufour
Collaboration artistique Myriam Lebreton

Équipe technique

Production J’y pense souvent
Coproduction Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape Théâtre de Nîmes Théâtre de la Ville de Paris Le Vivat de Armentières Le Carré-Les Colonnes, Saint-Médard-en-Jalles, Blanquefort Réseau européen Bamboo
Partenaires Arcadi Île-de-France Charte d’aide à la diffusion Culture O Centre OARA ODIA Normandie Réseau en scène – Languedoc-Roussillon Spectacle Vivant en Bretagne

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Sujets Stéréoscopia Vincent Dupont Chorégraphie Arnaud Lavisse Conception lumière Biennale de la Danse, Lyon Théâtre Nouvelle Génération - TNG Lyon Danse
Effets lumière Lumière diffuse Lumière rasante Lumière indirecte Lumière colorée
Techniques d'éclairage Éclairage scénique
Professions Créateur lumière Chorégraphe
Supports Texte Photo Vidéo
Fonction du lieu Théâtre
Source Vincent Laganier Light ZOOM Lumière

ZOOM -

Lieu

  • Théâtre Nouvelle Génération
  • Lyon, France

Livres

Noir, lumière et théâtralité

Une traversée historique et esthétique du noir au théâtre et de la lumière à la scène. Un livre de Véronique Perruchon à dévorer avant de se coucher.

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Le temps des flammes, de Christine Richier

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Aide-mémoire du régisseur lumière rédigé par le concepteur lumière Jean-Philippe Corrigou. Revue critique entre les titres du sommaire.

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Vincent Laganier
Vincent Laganier
Architecte diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes. Rédacteur en chef du portail Light ZOOM Lumière depuis 2012. Auteur de six ouvrages de référence sur la lumière, la ville et le bâtiment. Enseignant en éclairage à l’ENSA Nantes et l’INSA Lyon.
Boutique de la collection Light ZOOM Lumière

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